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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/311

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LA
VIE CLÉRICALE
EN ANGLETERRE

Scenes of Clerical Lifeee, by George Eliot ; 2 vol., Blackwood and Sons,
Edinburgh and London 1858.


Si la pitié, même la plus sincère, n’était point ressentie trop souvent par ceux qui en sont l’objet comme le plus cruel outrage, on serait tenté de s’attendrir sur le sort des hommes de nos jours qui ne voient de salut pour l’ordre social que dans le retour à telle ou telle croyance religieuse déterminée. Ils doivent, en effet, passer leurs jours dans le doute le plus désolant, dans les anxiétés les plus vives. D’où leur viendrait l’espérance ? à quel signe favorable, à quel indice rassurant la demanderaient-ils ? Chaque journée, chaque minute, chaque seconde, ne leur apportent-elles pas au contraire quelque présage sinistre et quelque menaçant symptôme ? De nouveaux temples, il est vrai, s’élèvent à côté des anciens temples, que nul ne songe à détruire. La sainte milice se recrute en apparence tout aussi aisément que jadis. Un flot d’éloquence sacrée coule, intarissable, sur la tête des ouailles pressées au pied de la chaire et fort décemment attentives à ces belles paroles, qu’elles écoutent comme tant de gens écoutent la musique, moitié par respect humain, moitié par acquit de conscience. Malheureusement, sous ces dehors maintenus par la routine, un vide étrange se fait sentir. Où est la foi vive et fervente, l’ardeur de propagande, le besoin des sacrifices, l’indomp-