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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/237

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vante ironie, qui croit se mettre au-dessus de tout parce qu’elle ne respecte rien. Dans tous les cas, il est toujours un sentiment de tristesse qu’éveillent de telles manifestations, et ce sentiment est d’autant plus profond qu’on a plus d’attachement pour une liberté honnête et réglée, parce que des livres comme celui de M. Proudhon ne servent pas la liberté : ils la compromettent et la font reculer quelquefois.

ch. de mazade.



REVUE MUSICALE.

La saison du Théâtre-Italien est terminée. Conduite avec mollesse et un peu à l’aventure, la troupe de chanteurs qui a desservi cette année un théâtre autrefois le premier de l’Europe n’y a obtenu que des succès contestables. La direction ne semble guère savoir ce qu’elle veut ni où elle va. Ainsi se multiplient des représentations peu dignes de l’art qu’on veut protéger et qui n’atteignent pas le but qu’on se propose, d’offrir à l’école française des modèles dont elle a toujours eu besoin depuis qu’elle existe. Le répertoire s’est composé du Trovatore et du Rigoletto de M. Verdi, de l’Italiana in Algieri de Rossini, où Mme Alboni, MM. Zucchini et Belart n’ont pas été trop au-dessous du délicieux chef-d’œuvre qu’ils interprétaient ; de la Gazza Ladra, qui a été indignement strapassée, et de quelques agréables représentations de la Marta de M. de Flotow. La saison se serait languissamment traînée jusqu’à la fin du mois d’avril, s’il ne fût survenu un artiste célèbre qui a ranimé tout à coup la curiosité presque éteinte des amateurs. Nous voulons parler de M. Tamberlick, chanteur depuis longtemps connu en Europe, qui ne s’était jamais fait entendre à Paris, dont on assure qu’il appréhendait le jugement. M. Tamberlick doit être maintenant complètement rassuré. Huit représentations consécutives d’Otello ont attiré une foule empressée qui a donné à M. Tamberlick des marques non équivoques de satisfaction. Le succès de l’artiste est donc incontestable, et nous avons été des premiers à le reconnaître. Il s’agit maintenant d’apprécier la nature de son talent et de faire le départ des qualités et des défauts qui constituent une physionomie d’artiste.

M. Tamberlick est né à Rome, d’une famille adonnée au commerce de la quincaillerie. Son nom, tout germanique, aura été déposé dans la ville éternelle par un de ces courans de population qui n’ont cessé de descendre des montagnes du nord vers les contrées lumineuses de l’Italie. M. Tamberlick doit avoir au moins quarante ans, puisqu’on assure qu’il a débuté à Naples vers 1843 dans la Fidanzata Corsa de Paccini. Son succès fut très grand au théâtre de Saint-Charles, où sa voix, alors dans toute la fraîcheur de la jeunesse, produisit un effet si puissant que le virtuose en abusa jusqu’au point d’en altérer le timbre. Des personnes de goût, qui se trouvaient alors à Naples, m’ont assuré que M. Tamberlick, en quittant cette ville pour aller en Espagne, avait la voix tellement fatiguée qu’il était permis de craindre que l’artiste ne pût la conserver longtemps.