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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/232

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sure, un changement de politique. M. Rochussen, tout d’abord appelé par le roi dans cette crise, avait dû renoncer à la mission de former un ministère en présence des difficultés qu’il trouvait à faire accepter ses propositions. Invité de nouveau à prendre le pouvoir, il a été plus heureux dans cette seconde tentative, et par le fait le cabinet nouveau est venu au monde sous d’assez heureux auspices. On s’est plu à reconnaître chez les hommes qui viennent d’entrer au gouvernement des qualités éminentes ou du bon vouloir, et surtout un ferme attachement aux principes constitutionnels, des idées progressives tempérées par un véritable esprit de modération. Aussi le nouveau cabinet a-t-il rencontré une faveur à peu près générale, qui n’exclut pas sans doute les dissentimens possibles, mais qui peut d’avance en adoucir les effets. Cette sympathie marquée et presque universelle est due évidemment au système politique qui vient de triompher, et ce système, M. Rochussen l’a exposé dans un remarquable discours, prononcé devant la seconde chambre dès que les états-généraux ont repris leur session. Le nouveau ministère représente au pouvoir le libéralisme modéré. Le régime constitutionnel est sans doute fortement enraciné en Hollande ; il est encore cependant bien des hommes qui, sans se faire illusion et sans vouloir précisément revenir aux institutions du passé, tiendraient à restreindre dans l’application les principes proclamés par la loi fondamentale. Ils diminueraient volontiers l’efficacité des prescriptions constitutionnelles, soit dans un intérêt politique, soit dans un intérêt religieux. De là sont venues les crises qui ont agité la Hollande dans ces dernières années. Le cabinet actuel s’est posé en pouvoir franchement libéral et sincèrement modéré, décidé à observer en tout point la constitution, et à ne laisser prédominer aucun intérêt exclusif dans la solution des questions politiques ou religieuses. C’est là le programme que M.’Rochussen avait tout d’abord soumis au roi, que le souverain a fini par sanctionner, et qui a été développé dans la seconde chambre. Quant à ce qu’on pourrait appeler la police administrative du cabinet, M. Rochussen, tout en étant sobre de promesses, a laissé néanmoins entrevoir la prochaine présentation de plusieurs projets relatifs aux finances coloniales, au système d’impôts de la métropole, aux chemins de fer et à l’émancipation des esclaves aux Indes occidentales. Dans ses premiers rapports avec les chambres, le cabinet n’a trouvé que faveur, et l’esprit public attend encore plus de lui peut-être. Ainsi donc, sauf l’imprévu, on peut regarder la situation politique de la Hollande comme raffermie et placée dans des conditions faciles et sures. Il reste toutes les questions économiques et financières dont le pays attend la solution.

Pour la Hollande, tout ce qui a rapport aux colonies ne cesse d’avoir un vif intérêt. Aussi les affaires coloniales occupent-elles une grande place dans les discussions récentes des chambres depuis que les états-généraux sont de nouveau réunis. Révision du régime de la presse aux colonies et émancipation des esclaves, emploi des excédans de recette coloniale, toutes ces questions ont été l’objet d’interpellations adressées au gouvernement. Une motion a même été votée, sans opposition du ministère, au sujet des assurances des denrées coloniales ; la seconde chambre a émis le vœu que, par une diminution graduelle, on arrivât à l’abolition complète des assurances maritimes, qui ont coûté à l’état, depuis huit ans, plus de 4 millions