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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/229

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puis 1848, l’amortissement reparaît dans le budget des dépenses autrement que pour mémoire : il figure dans la loi des finances de 1859 pour une somme de 40 millions. C’est là assurément un symptôme favorable ; c’est le gage d’un retour prochain aux règles normales suivant lesquelles s’établissent nos budgets. Depuis dix ans, les secousses politiques, la disette et la guerre avaient détourné de sa destination régulière la somme qui aurait dû être consacrée à l’amortissement. Il eût été en effet illogique de maintenir le crédit affecté à cette dotation, lorsqu’on se voyait obligé de recourir à des emprunts soit par la création de rentes nouvelles, soit par l’accroissement excessif du chiffre de la dette flottante ; mais le principe même de l’amortissement, contesté par certains économistes, n’était pas atteint par la suspension momentanée de son action, et l’on devait s’attendre à le voir pratiqué de nouveau dès que le permettrait la situation financière. Le moment est venu. Sur un total de dépenses s’élevant à 1,779 millions de francs pour l’exercice 1859, une somme de 40 millions est portée au crédit de l’amortissement. D’autre part, les recettes étant évaluées à 1,772 millions, il en résulte que, d’après les estimations, le budget se solde par un excédant de 7 millions. On doit, il est vrai, prévoir les crédits supplémentaires et extraordinaires ; mais on suppose que l’excédant de 7 millions, diverses augmentations de recettes et les annulations de crédits suffiront pour y faire face, de telle sorte que le budget serait en équilibre. L’équilibre budgétaire ! le mot est bien ancien : c’est l’ambition, c’est le rêve de tous les gouvernemens ; que de calculs habilement groupés, que de raisonnemens pour arriver à écrire ce mot magique à la fin des lois de finances ! L’équilibre promis et proclamé pour 1859 a-t-il été unanimement accepté ? On ne saurait nier que certaines objections ne se soient produites, et il ne faut pas s’en étonner, car en pareille matière le champ du débat est très vaste, et les argumens peuvent, de part et d’autre, être très élastiques. La dotation régulière de l’amortissement devant s’élever à 123 millions, si l’on n’y consacre en 1859 qu’une somme de 40 millions, le budget ne peut être considéré comme étant en équilibre, et ce résultat si désirable ne sera vraiment atteint que le jour où les recettes ordinaires couvriront toutes les dépenses ordinaires, y compris la somme totale qui doit être affectée à l’amortissement. Voilà l’objection : nous nous bornons à l’indiquer ; mais en définitive, si l’on veut bien ne pas trop s’attacher aux mots et tenir compte surtout des faits, on doit équitablement reconnaître que le budget de 1859 est en progrès sur ses devanciers, puisque, pour suffire aux dépenses prévues, on n’est plus obligé de supprimer complètement la dotation de l’amortissement.

Une fortune singulière a placé dans le Piémont un des fils de cet étrange réseau de difficultés, apparentes ou réelles, qui a semblé s’étendre un moment sur une partie de l’Europe. Ces difficultés avaient un caractère tout à la fois international et intérieur, en ce sens qu’elles impliquaient une question de rapports diplomatiques, et affectaient en même temps l’existence des cabinets dans les pays où elles se sont produites. En Piémont, comme on sait, le gouvernement avait présenté une loi punissant les attentats aussi bien que l’apologie de l’assassinat politique, et modifiant dans une certaine mesure l’organisation du jury. La commission législative, nommée pour examiner le projet ministériel et composée par une sorte de surprise d’une majo-