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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/206

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des raisons d’intérêt pécuniaire ou de santé physique. Le converti a été stipendié, ou il a obéi à l’influence de la maladie; ses forces physiques et morales déclinaient, ou bien il a vu dans sa conversion une bonne affaire. Pauvres explications, injure gratuite lancée à la nature humaine! La rareté des conversions est au contraire pour moi une preuve de leur sincérité. Il peut arriver sans doute que le converti trouve dans la défense de sa nouvelle église la puissance et la fortune; mais certainement il avait fait un pauvre calcul pratique, s’il avait compté sur sa conversion comme sur un instrument de succès.

Il y a donc toujours un véritable courage à faire publiquement adhésion aux doctrines que nous avons reconnues vraies, surtout lorsqu’elles sont contraires non-seulement aux doctrines de la nation, mais aux doctrines du monde particulier dans lequel nous avons été élevés. Nous faisons toujours scandale lorsque nous nous arrachons au milieu dans lequel nous avons vécu. Plus ce milieu est restreint, et plus le scandale est grand. Il faut sans doute un grand courage à un pauvre Italien pour se déclarer protestant dans un pays soumis tout entier à l’influence catholique; mais il en faut un plus grand encore à un grand seigneur anglican ou à un libéral français pour se déclarer catholique, car on peut plus facilement heurter de front une société tout entière qu’une caste ou un parti. A dater de ce jour, vous êtes regardé comme suspect, sinon comme apostat et traître. Vous avez compromis les intérêts de votre ordre, trahi le secret de sa faiblesse. Une nation pardonne ou reste indifférente, mais une secte ou une coterie vous poursuit éternellement de ses invectives et de ses colères. Si toutes les conversions sont courageuses, elles ne sont cependant pas toutes courageuses au même degré. Pour juger du mérite et de l’importance d’une conversion, il faut donc tenir compte de toutes les influences de nation, de caste, de famille, de parti, contre lesquelles l’individu a dû lutter. La conversion a d’autant plus de prix que la lutte a été plus forte.

Si toutes les conversions ne sont pas également courageuses, elles ne sont pas toutes également intéressantes. A toutes j’accorderai volontiers mon estime, mais non pas mon admiration et ma sympathie. L’intérêt qu’inspire une conversion consiste beaucoup dans le caractère, la vie et l’éducation de l’homme qui se convertit. Plus les doctrines qu’il embrasse sont contraires à la vie qu’il a menée et aux passions de son âme, et plus il excite notre admiration. Il était orgueilleux, voluptueux ou violent, et il embrasse volontairement une règle d’humilité, de chasteté et de mansuétude. Nous nous étonnons et nous admirons; mais l’étonnement cesse, et avec lui l’intérêt, si nous savons que le converti était un homme docile, de