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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/200

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consommation directe de ce fourrage vert, il sera difficile de disposer d’un bétail assez nombreux pour employer la totalité sous cette forme. On s’exposerait d’ailleurs ainsi à un déficit dans la nourriture, après avoir fait consommer cette récolte. Il serait donc à désirer qu’on trouvât un moyen de dessiccation économique, et alors surgirait la question importante de l’époque la plus favorable de la récolte, en vue de ménager le temps indispensable pour opérer graduellement cette dessiccation. Probablement on trouverait plus avantageux de commencer les travaux de façon à éviter que la maturité fût dépassée au moment où l’on achèverait la récolte des tiges. Dans ces conditions, et en supposant nos moissons, comme l’année dernière, revenues à leur état normal, la valeur de ces graines ne dépasserait guère 5 fr. Le quintal métrique, ce qui représenterait, pour la récolte moyenne égale à 2,000 kilos, un produit de 100 fr. par hectare de cette culture. On comprend que dans ce produit ne figurent pas les principes colorans, dont la valeur jusqu’ici demeure incertaine.

A côté du sorgho sucré, nous avons nommé l’igname de Chine. On a vu quelles étaient les propriétés, quelles étaient les applications possibles du premier de ces végétaux. Sa principale utilité serait en définitive de multiplier les animaux de nos fermes, dont il faciliterait l’alimentation. S’il ne faut pas se hâter d’accueillir le sorgho comme un concurrent sérieux de la canne ou de la betterave, l’igname, qui vise à remplacer la pomme de terre, est-elle mieux fondée dans ses prétentions? Ici quelques observations rapides suffiront. L’igname de Chine nous présente de volumineux rhizomes féculens, deux ou quatre fois plus abondans, à surface cultivée égale, que les tubercules de la pomme de terre, qui elle-même produit sur le même espace de terrain cinq fois plus de substance comestible que le blé. Le rhizome souterrain de la nouvelle espèce d’igname semble pouvoir remplacer non-seulement la pomme de terre, mais les patates, les topinambours, les betteraves, même en partie les grains, soit appliqués à l’alimentation des hommes et des animaux, soit utilisés pour l’extraction de la fécule alimentaire et industrielle, la fabrication de l’alcool, la préparation des glucoses (sucre et sirops de fécule), de la dextrine (substance gommeuse), etc.

Quantos effundit in usus !

Si l’igname de Chine est douée de tels avantages, comment douter encore de l’introduction définitive d’une plante aussi précieuse dans nos cultures? Il est pourtant vrai que les avantages de l’acclimatation du végétal chinois sont encore contestés. Voyons donc où en est la question.

La nouvelle plante, introduite dès 1846 par l’amiral Cécille, était