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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/196

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temps de dix ou quinze jours le terme de la maturité qui correspond au maximum de sucre, il en résulterait des dépenses considérables pour l’installation des sucreries de sorgho, car le matériel des presses, chaudières, appareils évaporatoires, etc., devrait être d’autant plus considérable que la durée du traitement serait plus courte. Des inconvéniens du même ordre se sont manifestés dans l’approvisionnement des distilleries de sorgho : on se préoccupe de les faire disparaître ou de les amoindrir à l’aide de la dessiccation des tiges, qui permettrait de prolonger les opérations de la distillerie toute l’année. On réalisera sans doute ces conditions favorables plus facilement que s’il s’agissait de l’extraction du sucre, car dans ce dernier cas les plus légères altérations, qui transforment le principe immédiat cristallisable en glucose, apportent de sérieux obstacles à la cristallisation, tandis qu’elles ne s’opposeraient pas à la fermentation destinée à produire l’alcool. D’ailleurs la main-d’œuvre dispendieuse que nécessite l’effeuillage, la difficulté d’extraire le jus économiquement et sans attaquer les ustensiles en fer, qu’un acide particulier, suivant M. Le docteur Sicard, corrode promptement, l’altération des tiges coupées lorsqu’on tarde à les soumettre à la presse, tout en un mot concourt à rendre très chanceuse et difficilement praticable en grand l’extraction du sucre de sorgho à l’état cristallisé. Aussi croyons-nous fermement qu’à moins de moyens et de procédés nouveaux de culture, de récolte et d’extraction du jus, cette plante ne pourra faire, sous le climat de la France, une concurrence sérieuse à la betterave pour la production du sucre. Il est probable que tout le monde est aujourd’hui d’accord sur ce point, car on ne voit plus guère, dans les récentes publications, conseiller sans réserve l’extraction du sucre de sorgho, si ce n’est en Algérie, où le doute reste encore permis, et dans nos colonies, où l’on propose de faire des essais qui permettent de comparer le rendement du sorgho avec celui de la canne à sucre.

En sera-t-il autrement de la fabrication de l’alcool? Il est un fait que nous devons d’abord rappeler ici de peur de voir se renouveler une confusion que quelques personnes ont faite par inadvertance : les tiges du sorgho ou leurs résidus, employés en totalité ou en partie à la fabrication de l’alcool, perdent nécessairement par la fermentation le sucre qu’ils contenaient, et cette transformation du principe saccharoïde représente à peu près, pour 100 de sucre détruit, 60 d’alcool commercial obtenu. Tout ce que l’on recueille à l’état d’alcool est nécessairement perdu ainsi pour la fabrication du sucre, et réciproquement tout le sucre extrait enlève autant de matière transformable en alcool.

Sans doute la plupart des difficultés relatives à l’extraction du sucre solide ou en cristaux s’évanouissent dès qu’il ne s’agit plus