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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/189

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L’hiver est un sommeil, au souffle printanier
La terre se réveille et plus jeune et plus belle.

« La vie est ainsi faite… Après la volupté
Les désillusions, la tristesse et le doute !
Et le calice amer se vide goutte à goutte,
Mais on retrouve au fond joie et sérénité.

« O jeunes amoureux de la mélancolie,
Le songe est achevé. Debout, pâles rêveurs !
Les ardeurs du combat tariront vos douleurs,
Laissez dormir les morts et courez à la vie.

« Les vivans à la vie et les morts au tombeau !…
Le désespoir n’est grand, la douleur n’est sublime
Que s’ils font refleurir au cœur de leur victime
Un amour plus puissant, un courage plus beau.

« Lorsque, dans la montagne à la cime fuyante,
Le voyageur gravit les plus rudes sentiers,
Son front brûle, et le roc ensanglante ses pieds,
Mais il n’interrompt pas sa course haletante ;

« Car il sait que là haut un spectacle l’attend,
Qui paiera largement ses sueurs et sa peine.
Il arrive,… éperdu, sans force et sans haleine,
Devant lui l’horizon se déroule éclatant :

« Les hauteurs, les vallons, les forêts, — tout un monde ;
Et dans les brumes d’or des lointains onduleux,
Un fleuve aux flots vermeils, une ville aux toits bleus,
Vaporeuse cité qu’un blond soleil inonde…
 
« Jeune homme, au cœur saignant de récentes douleurs,
Pourquoi désespérer, blasphémer et maudire ?
Pourquoi tomber sans force à mi-chemin, et dire :
« Adieu, jeunesse, amour, spectres faux et railleurs ? »

« Marche, monte toujours, plus haut, plus haut, sans cesse !
Vois-tu les grands sommets s’illuminer soudain ?…
Cette pure clarté, c’est ton éclat divin,
O jeunesse de l’âme, éternelle jeunesse !… »

André Theuriet.