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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/184

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La jeune ramée et les robes fraîches
Du printemps dernier ?

II. — la chanson des adieux.

Le pauvre amoureux dit à l’Amour qui s’envole :
« Ne fuis pas, reste encor.
O mon unique bien, ma seule et chère idole,
Ferme tes ailes d’or.
 
« N’ as-tu pas dans mon cœur la place la plus douce ?
N’y reposes-tu pas
Comme l’oiseau des bois au fond d’un nid de mousse ?
Hélas ! et tu t’en vas…

« Reste !… Dans la maison solitaire et tranquille,
Assise au bord de l’eau,
N’étions-nous pas heureux, quand la nuit sur la ville
Descendait du coteau ?

« Ne te souvient-il plus des soirs passés ensemble,
Des belles nuits d’été ?
Reste ! Ne vois-tu pas cette larme qui tremble
Dans mon œil attristé ?

« Mais tu ne m’entends pas, et ton aile s’agite ;
Tu brûles de partir ;
Peu t’importent mes pleurs, et mon cœur qui palpite.
Et ce qu’il va souffrir ? »

— L’Amour, en s’enfuyant, à l’amoureux qui pleure.
Dit : « Pourquoi t’ affliger ?
Enfant !… N’ai-je point fait ta jeunesse meilleure,
Ton fardeau plus léger ?

« Dans ton cœur endormi n’ai-je pas fait éclore
Mille pensers nouveaux,
Qui se sont envolés comme un essaim sonore
D’abeilles et d’oiseaux ?

« Ne t’irrite donc point, des misères humaines
Si je subis la loi.
Et si je cours sécher les pleurs, guérir les peines
De plus tristes que toi.
 
« Adieu ! je vais charmer les rêveurs solitaires
Dévorés de désirs ;