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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/180

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de la capitale et briguait avec passion la clé de chambellan, tandis que l’autre, satisfaite de son existence campagnarde, rétrécissant son horizon et sa vie intellectuelle, bornait ses occupations aux plaisirs de la chasse.

Depuis 1848 cependant, ou plutôt depuis 1851, les circonstances ont essentiellement changé. Les institutions politiques d’autrefois ont été anéanties jusque dans leurs formes, et le sommeil de la noblesse a été violemment interrompu par l’apparition du régime bureaucratique avec ses tendances et ses résultats essentiellement favorables à la démocratie. Il ne lui a plus été possible de se faire illusion sur ce qui se passait autour d’elle; ses intérêts, sa position, sa dignité même, se sont trouvés tout d’un coup menacés et compromis. Maintenant elle hésite. Sans pouvoir encore se résoudre à descendre dans la lice politique et à renoncer à ses habitudes d’inaction, elle a pourtant comme un vague pressentiment que le jour de la lutte est arrivé, et qu’il lui faut combattre ou succomber. La noblesse autrichienne fait dans ce moment son éducation politique. C’est la première fois qu’elle reconnaît la différence qui peut exister entre le principe monarchique immuable et fondamental et un système de gouvernement toujours variable par sa nature. Elle apprend enfin qu’il peut y avoir des circonstances où une véritable aristocratie a le droit, le devoir même, de faire opposition à l’un, tout en respectant religieusement l’autre.

Il n’y a personne en résumé qui soit plus persuadé que nous de l’utilité, de la nécessité même de l’existence de l’Autriche pour le maintien de l’équilibre européen. Nous ne doutons pas un instant de la viabilité de cet état; nous savons que la force de cohésion qui rattache entre elles les différentes parties de l’empire a sa source non-seulement dans leur longue union politique, dans l’identité de leurs intérêts matériels et. autres, mais aussi dans leur conviction profonde de la nécessité de rester unies, conviction qui doit naturellement devenir plus vive et plus générale à mesure que leur intelligence politique se développe. Ce que l’Autriche doit craindre comme tout autre pays, ce sont les crises politiques ou financières. Le moyen de les éviter est le même qu’ailleurs : un gouvernement sage et modéré. L’Autriche est féconde en ressources matérielles; elle peut donc se relever de ses embarras actuels, si son gouvernement ne perd point un temps précieux. Abandonner un système d’administration dispendieux et impopulaire, s’appuyer avec confiance sur la nation, telles sont les mesures énergiques qu’il y aurait à prendre.

Le ministère chargé aujourd’hui des affaires de l’Autriche a placé, avec un tact politique parfait, à la tête de son programme l’idée de