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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/178

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de sa solidité, il n’y a pas de gouvernement plus dispendieux qu’un gouvernement violent.

Le gouvernement autrichien parait partager complètement ces opinions, — il l’a prouvé en promettant à la nation des institutions politiques à la place de celles qu’il avait cru devoir abolir en décembre 1851, — et il a soin de ne pas laisser oublier sa promesse en donnant de temps en temps par des organes officiels l’assurance formelle qu’il s’en occupe toujours. Il est vrai que le régime bureaucratique paraît être peu propre à préparer la voie à des institutions libres et fortes, et c’est ce qui nous explique l’indifférence, pour ne pas dire la méfiance, du pays à cet endroit, ainsi que l’isolement croissant du cabinet actuel. Rien n’est plus dangereux que cette désertion des amis et ce silence des adversaires. Cette situation est encore aggravée par l’état provisoire de la législation. Ce provisoire existe depuis neuf ans. Ce n’est pas seulement la constitution politique de l’empire autrichien qui, comme nous l’avons vu, a changé en 1849, puis en 1851, et qu’on a laissée dans un état expectatif et provisoire : ce sont aussi les constitutions des provinces qui ont été abolies en 1851 avec cette constitution de l’empire, et n’ont pas encore été remplacées; ce sont l’organisation judiciaire et l’organisation administrative tout entières qui ont été à deux reprises changées de fond en comble depuis 1850; ce sont enfin beaucoup d’autres lois organiques, presque toutes de la plus haute importance, telles que la loi communale, la loi sur la liberté des cultes, sur l’enseignement public, etc., qui toutes ont été abrogées et remplacées par des ordonnances provisoires. Il est clair que pour tranquilliser les esprits, pour faire renaître la confiance dans la stabilité de l’ordre de choses actuel, il serait urgent de sortir enfin de ce provisoire qui n’a que trop longtemps duré, qui ne fait que perpétuer une fermentation et une incertitude dangereuses.

Dans ce conflit de partis, d’opinions et de passions diverses qui font de l’Autriche, autrefois proverbialement tranquille, un des pays intérieurement les plus agités de l’Europe, il est aussi important que curieux de considérer la position de l’aristocratie, et, ce qui revient presque au même, de la grande propriété territoriale. La noblesse possède à peu près les deux tiers du sol autrichien, constitué le plus souvent en majorats de famille; elle est aussi, et cela depuis longues années, fortement intéressée dans beaucoup de grandes entreprises industrielles. Il est facile de comprendre que cette position lui donne une influence matérielle considérable dans le pays; son influence morale, sa position sociale n’est pas moindre, et cela non-seulement parmi les populations des campagnes, mais aussi dans les villes, sans en excepter même la capitale. Il n’y