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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/173

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gneuriaux, quoiqu’au fond elle ne fût pas nécessairement liée à ceux-ci. Le gouvernement imagina alors de mettre à sa place un système diamétralement opposé, une centralisation administrative complète, plus complète même que celle de la France, puisqu’elle descend d’un degré plus bas. Tandis que la France a des préfets et des sous-préfets dépendant du ministre de l’intérieur, l’Autriche a établi une hiérarchie administrative de quatre degrés : le ministère de l’intérieur, les gouvernemens des provinces, les chefs de cercle, les chefs de canton.

Changer de fond en comble l’administration d’un grand pays, rompre en visière aux traditions, aux coutumes des siècles, c’est là une entreprise toujours sérieuse et difficile; mais la difficulté est double en Autriche, où la grande propriété est puissante et consolidée par de nombreux majorats, et où les deux tiers du sol appartiennent encore à la noblesse. Le nouveau système écarte de l’administration locale toute cette grande propriété et toute cette noblesse pour la mettre dans les mains de fonctionnaires subalternes mal rétribués, et par conséquent de peu d’influence dans le pays. Il nous est impossible de nous persuader qu’une pareille administration soit en mesure de donner au gouvernement de la force et de l’autorité, ni que ces fonctionnaires subalternes, inexpérimentés, étrangers et changeant sans cesse, puissent remplacer convenablement les représentans du système antérieur. La centralisation administrative doit nécessairement rencontrer en Autriche plus d’obstacles qu’ailleurs à cause de l’immense diversité des provinces et des races. Il ne faudrait pas croire que le gouvernement trouvât un appui dans ses employés en des temps difficiles : l’expérience a toujours et partout démontré le contraire. Il est peu probable aussi que par cette violente centralisation administrative on obtienne la fusion des provinces et des différentes nationalités, qui paraît être au fond de cette organisation laborieuse. Quelque désirable que soit un tel résultat, il ne saurait, selon nous, être atteint par des moyens à la fois violens et superficiels, faits bien plutôt pour provoquer la résistance et échauffer les passions.

Contentons-nous du reste d’envisager la question sous le point de vue financier. Les dépenses d’administration en 1847 n’atteignaient pas tout à fait 62 millions de florins, tandis que neuf ans plus tard, sous l’empire du nouveau régime, elles se sont élevées à plus de 160 millions de florins, c’est-à-dire à près du triple. L’exemple de tous les pays administrés d’après ce système et la nature même du régime bureaucratique nous apprennent que ces dépenses, selon toute probabilité, iront en augmentant d’année en année, comme elles ont effectivement augmenté depuis 1850, date de l’introduction