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Page:Revue des Deux Mondes - 1858 - tome 15.djvu/128

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remonte les bords de cette dernière rivière, on chemine pendant environ sept lieues dans une vallée assez large et qu’encadrent des coteaux boisés ; puis on se trouve en face d’une espèce de muraille, à travers laquelle la Loue par mille sinuosités s’ouvre laborieusement passage. Là commence le Jura, si l’on veut étendre cette dénomination à l’ensemble de plateaux étagés et d’arêtes parallèles qui s’élèvent entre la haute chaîne plus particulièrement appelée de ce nom et les plaines de la Saône. Le pays, jusqu’alors relativement plat et monotone, devient subitement tourmenté et pittoresque : plus de larges vallées, plus de coteaux à pentes douces, mais de brusques escarpemens, des rochers, des gorges profondes, dans lesquelles plusieurs affluens de la Loue roulent en cascades leurs eaux rapides. Un des principaux contre-forts qui soutiennent cette dernière chaîne du Jura, le mont Poupet, domine toute cette contrée, et semble comme le nœud d’étroites vallées qui sont séparées les unes des autres, tantôt par des arêtes assez minces, tantôt par des massifs un peu plus larges. C’est dans un de ces massifs que se trouve le hameau d’Alaise, et que devrait se trouver, selon de respectables autorités, le site de l’antique cité mandubienne. Examinons comment on peut appliquer à ces lieux la description des Commentaires, que nous avons traduite à peu près littéralement.

Voici bien les deux cours d’eau, le Lison et le Todeure[1] ; mais ce n’est pas la base d’une colline qu’ils arrosent, c’est un massif : le mot n’est pas de nous, et nous demandons pardon de le répéter encore, parce qu’il est le seul qui convienne à la situation ; c’est un ensemble de mamelons presque tous boisés, inégaux de forme et de hauteur, et séparés entre eux par des ravins plus ou moins profonds, que les deux rivières enveloppent à l’est, au nord et à l’ouest, c’est-à-dire de trois côtés, et non de deux. Ainsi limitée, la position ne présente pas ce caractère inexpugnable qui lui appartient essentiellement dans le récit de César. Elle est à peu près inabordable à l’est et au nord, partout où elle est baignée par le Lison, car cette rivière coule dans un enfoncement dont les bords, toujours très escarpés, sont sur quelques points tout à fait à pic. Au sud également, elle se termine par une pente fort raide et de très difficile accès. Cependant à l’ouest le Todeure n’est qu’un obstacle médiocre ; dans sa partie inférieure surtout, pendant les trois kilomètres qui précèdent son confluent avec le Lison, il n’arrose que des pentes douces et faciles à gravir. Enfin l’espace compris entre les deux cours d’eau et le ravin, qui au sud unit leurs deux vallées sans dépasser le ro-

  1. Ce dernier cours d’eau, fort peu important, est appelé, sur la carte du dépôt de la guerre, ruisseau de Conche. Nous le désignons sous le nom que lui donnait la carte de Cassini, et qu’on parait tenir beaucoup à lui conserver.