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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/909

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ont été ouvertes, tandis que, de son côté, le gouvernement a fait voter par le corps législatif un secours provisoire de deux millions. Les secours qui arriveront par toutes les voies seront nombreux, mais ils ne pourront jamais égaler les pertes qui ont été faites, et il y aurait certes, dans la nature d’un tel fléau, de quoi inspirer quelque inflexion à l’orgueil de notre temps. On peut en effet multiplier les travaux gigantesques, établir des communications presque instantanées entre les extrémités du monde, transformer, en quelque sorte la vie universelle ; mais voici un fléau qui survient, sans qu’on pusse le prévoir, le maîtriser, ou le combattre autrement que par des secours offerts aux malheureux que rien n’a pu préserver !…

C’est là une diversion pénible dans une situation qui se manifeste par d’autres traits. Le premier, c’est la fête qui a lieu en ce moment même pour le baptême du prince impérial. Un légat à latere, le cardinal Patrizzi, a été envoyé par le saint-père pour le représenter à cette fête, qui est l’occasion d’un déploiement de pompes souveraines. Il y a encore cet ensemble de travaux qui remplissent la fin de la session législative. Parmi les discussions qui ont eu lieu ces derniers jours, la plus importante certainement au point de vue des intérêts du pays est celle du budget, sur lequel le rapporteur de la commission du corps législatif, M. Alfred Leroux, a présenté un rapport complet et étudié. Diverses questions qui ne laissent point d’avoir leur gravité sont passées en revue dans ce rapport. La commission exprime le désir de voir disparaître le système des crédits supplémentaires, qui sont un élément de trouble dans l’économie du budget. L’extinction graduelle de ces crédits est rendue possible par la faculté qu’a le gouvernement de transporter à des services insuffisamment dotés les allocations qui seraient reconnues inutiles dans d’autres services. Un autre fait a fixé aussi l’attention de la commission législative, c’est le chiffre élevé de la dette flottante. Ce chiffre est de 900 millions ; il représente les découverts laissés d’année en année. En décomposant les divers élémens de cette dette flottante, la commission législative n’a point vu qu’il y eût une raison de craintes immédiates ; mais elle appelle le moment où les découverts disparaîtront, où les budgets présenteront même un excédant de recette effective, et certes c’est un désir dont la réalisation pourrait être considérée comme un bienfait. Il serait difficile encore de mesurer exactement l’influence que la guerre aura exercée sur la situation générale des finances du pays. La guerre laissera tout au moins dans le budget, parmi les dépenses normales, le chiffre des intérêts des emprunts successifs qui ont été contractés. Des impôts nouveaux, comme on sait, ont été votés l’an dernier pour suffire à ces charges, créées par les événemens, Or l’un de ces impôts, celui du double décime, qui représente une somme de 57 millions de francs, n’a été voté que jusqu’à la fin de 1857. Comment sera-t-il remplacé à cette époque ? La commission a écarté l’idée du maintien du double décime, de même que celle d’un impôt qui frapperait la propriété foncière. L’idée d’une taxe sur les valeurs mobilières est celle qui semble s’être dégagée de préférence des discussions qui ont eu lieu à ce sujet, discussions dont le résultat, au reste, ne peut être immédiat. Avant de terminer sa session, le corps législatif a été saisi d’un projet de loi d’une importance réelle, qui a pour but de faire disparaître, en matière de douanes,