Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/908

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


C’est là, il est vrai, une politique qui a eu plus d’une fois l’occasion d’être pratiquée, non-seulement dans le Nouveau-Monde, mais en Europe même, depuis bien des années. Seulement il est aisé de voir où peut conduire ce droit revendiqué par les États-Unis de reconnaître des gouvernemens créés dans d’autres pays par leurs propres enfans. Quand on observe cette querelle, on ne peut s’empêcher de remarquer une disproportion choquante entre les motifs d’où elle est née et les conséquences qu’elle peut avoir. Quelle explication peut trouver l’obstination violente du cabinet de Washington ? Il n’en est point d’autre possible que le besoin qu’a M. Pierce de flatter les passions publiques et de rechercher la popularité à la veille des élections qui peuvent renouveler ou faire disparaître son pouvoir présidentiel. Par la même raison, la politique de l’Angleterre devait être de temporiser et d’attendre que ce moment des élections fût passé. Elie avait réussi jusqu’à présent. L’acte récent de M. Pierce la réduit aujourd’hui à prendre une décision, et cette décision peut être la guerre après tout. Or la guerre entre l’Angleterre et les États-Unis serait à coup sûr une des plus redoutables épreuves pour les intérêts et le commerce de tous les pays. Il y a du moins un fait à remarquer, c’est le soin que mettent les hommes d’état anglais à écarter tout ce qui pourrait conduire à une rupture irréparable.

Pour la France, la guerre n’existe plus, et toute perspective de conflit a disparu ; mais en ce moment la France a une autre lutte à soutenir, lutte terrible, redoutable, contre les élémens. Quinze jours viennent de se passer, durant lesquels une partie du pays a été envahie par des inondations telles qu’elles effacent le souvenir des désastres antérieurs de ce genre. Les variations de l’atmosphère sont devenues tout à coup une question politique de premier ordre, question d’autant plus grave que ce fléau frappe des contrées entières dans leur prospérité, des populations nombreuses dans tous leurs intérêts, et laisse partout des victimes sur son passage. La vallée du Rhône, la vallée de la Loire, comme celle de la Garonne, ont été dévastées à la fois. Des villes comme Lyon, Tours, Avignon, Tarascon, Angers, ont été particulièrement frappées. Les campagnes ont disparu sous l’eau. Des travaux d’art n’ont pu résister aux torrens et ont été emportés. À Angers, les ardoisières ont été bouleversées, et ne pourront de quelques mois être livrées au travail. Sur tous les points, il y a eu des malheurs nombreux, irréparables, et à côté des victimes qui ont péri, il reste des populations cruellement éprouvées, qu’au milieu de leurs travaux, presque à la veille de la moisson, ont vu leurs récoltes perdues, leurs bestiaux enlevés, leurs maisons détruites. L’empereur s’est rendu successivement partout où le fléau a sévi avec le plus d’énergie, à Lyon comme à Orléans et à Angers. Il a tenu à manifester son intérêt par sa présence, et il a pu en même temps reconnaître de plus près la nécessité de rechercher s’il n’y aurait pas quelque moyen de diminuer au moins l’intensité et les effets désastreux de ces crues subites et violentes. Rien sans doute ne peut les empêcher et les détourner quand elles viennent ; peut-être serait-il possible, en étudiant es causes qui les aggravent, d’arriver à les rendre moins périlleuses. Rien ne peut égaler du reste l’impression causée par ces malheurs. Cette impression s’est étendue aussitôt, non-seulement à la France entière, mais à tous les pays. Partout des souscriptions