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ont inspiré les édits qui se sont succédé depuis cette époque, notamment en 1850. L’admissibilité des laïques à tous les emplois a été proclamée ; une seule fonction a été exceptée, celle de secrétaire d’état. À l’ancienne autorité unique et absolue du cardinal secrétaire d’état a été substitué un ensemble de départemens ministériels ayant des fonctions et des attributions distinctes. Un conseil d’état chargé de préparer les lois a été créé, et dans ce conseil ont été appelés des hommes versés dans les choses administratives, le prince Orsini, le prince Odescalchi, l’avocat Halz, le professeur Orioli. Une consulte des finances, composée de membres désignés par les corps municipaux, a été instituée ; elle a voix consultative seulement dans l’examen préalable du budget, ses décisions n’ont force de loi que quand il s’agit de vérifier l’exacte application des règles posées d’avance par le budget. Les réformes accomplies jusqu’ici ou tentées par Pie IX peuvent être ramenées à trois ordres de questions : elle touchent à l’organisation générale de l’état, au système administratif et judiciaire et aux finances. Voyons rapidement sous ce triple aspect ce qu’est la réalité et ce qui peut rester à faire, ce qu’il est raisonnable et juste de demander au souverain pontife et ce qu’on ne peut pas lui demander sans méconnaître entièrement les conditions de la papauté.

Il est dans l’opinion universelle un principe qui domine la question romaine, c’est celui de la sécularisation. Si on entend par ce mot la séparation complète et radicale des deux autorités, si on veut exclure absolument l’élément ecclésiastique, effacer tout caractère religieux dans le gouvernement pontifical, il est clair que sécularisation veut dire ici révolution, et qu’on demande au pape de signer sa propre déchéance. Si on entend l’admissibilité des laïques à tous les emplois, non-seulement cette admissibilité a été proclamée, comme nous le disions, mais elle est passée dans la pratique. Pour la première fois, le gouvernement pontifical a compté des laïques parmi les conseillers de l’ordre le plus élevé. Les laïques ont été parfois en majorité dans le ministère, ils ont toujours eu quelque représentant dans le conseil. La proportion réelle entre l’élément laïque et l’élément ecclésiastique dans l’administration romane est peut-être un des points sur lesquels règne le plus épais nuage ; il n’est pas moins certain cependant que cette proportion est tout en faveur de l’élément laïque. Le nombre des ecclésiastiques dans les ministères est insignifiant. Les postes où ils sont le plus nombreux sont les postes de judicature dans les tribunaux supérieurs de Rome. Au tribunal de la Signatura ou cour de cassation, il y a 9 ecclésiastiques et 9 laïques ; au tribunal de la Rote, qui est la cour supérieure en matière civile, 12 ecclésiastiques et 7 laïques ; au tribunal de la