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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/892

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aujourd’hui. Et si les cabinets occidentaux ne sont nullement disposés à faire la guerre ou à se la laisser imposer, serait-il sage, serait-il utile pour l’Italie d’aller au-devant d’une crise où elle resterait peut-être seule en face d’un adversaire qui serait assez habile pour désintéresser l’Europe, en se laissant attaquer et en ne demandant à la victoire aucun profit matériel ?

Il y a donc sur ce point à dépouiller la question italienne de son enveloppe de mirages pour la replacer sur le terrain où l’a mise le congrès de Paris. Ramenée à ces termes, c’est une question de progrès intérieur, d’améliorations pratiques, d’adoucissement dans le régime public des divers pays de la péninsule : question assez grande encore, puisqu’elle touche notamment aux conditions temporelles du gouvernement du saint-siège, et qui, même replacée sur ce terrain, ne laisse point d’être mélangée de beaucoup d’illusions, de beaucoup d’élémens confus. Le gouvernement des états pontificaux, cela n’est point douteux, est vulnérable par un point, celui qui a été signalé dans le congrès : son territoire est occupé par des troupes étrangères, et l’on se demande s’il peut se passer de cet appui, tant le sol est mouvant et miné sous ses pieds. Quelle succession d’événemens l’ont conduit à cette extrémité ? Tout y a contribué, principalement les révolutions. Après avoir eu un grand rôle, même comme pouvoir politique, la papauté a perdu insensiblement aux yeux des populations romaines ce souverain prestige et cet avantage plus positif qu’elle avait autrefois, lorsqu’elle pesait sur les affaires de l’Europe et qu’elle recevait le tribut de tous les peuples du monde catholique. Restreinte à un rôle local dans sa partie temporelle, elle s’est occupée de vivre par la force d’une ancienne impulsion plus que de marcher avec le temps et de se renouveler, quand le régime administratif et économique de tous les pays subissait des transformations profondes. Les vieilles traditions du moyen âge se sont longtemps maintenues, les abus de gouvernement ont survécu. Cela était peut-être moins sensible à Rome et dans les environs, parce que l’éclat et les bienfaits de la papauté rejaillissaient de plus près sur ces populations, qui n’avaient point d’ailleurs connu réellement d’autre régime. Il n’en a point été entièrement de même dans les Légations, qui sont, comme on sait, une des parties principales des états pontificaux. Détachées du domaine de l’église par le traité de Tolentino, elles ont fait partie successivement de la république cisalpine et du royaume d’Italie. Elles avaient reçu le code civil, une administration régulière et simple, un régime complètement français. Elles ne furent rendues au saint-siège qu’en 1815, c’est-à-dire après vingt ans de vie séparée, — et alors administration française, code civil, tout disparut pour faire place à la vieille organisation