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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/860

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étrangère à ces grandes représentations. Parviendra-t-on à exciter suffisamment l’esprit d’entreprise agricole pour ouvrir une nouvelle source de richesses ? C’est une question. Si frappans qu’ils soient quand on les voit rassemblés en un seul faisceau, ces moyens de production sont bien peu sensibles quand ils se répandent sur l’immense étendue du territoire national.

L’état peut et doit y joindre un dernier stimulant qui a peut-être plus de puissance, — l’enseignement agricole. Nous avons vu un temps où il n’était question que de l’enseignement agricole ; nous l’avons vu ensuite tout à fait passé de mode : aujourd’hui, par suite de la persistance des disettes, nous le voyons remonter sur l’eau. Le fait est que cet enseignement est impuissant, comme toute autre recette, à changer du soir au matin la face de la France : il devient ridicule comme toute chose quand on le pousse trop loin, et la prétention de couvrir le pays de fermes officielles cultivées aux frais de l’état par des fonctionnaires publics n’a pas le sens commun ; mais il n’en est pas moins absurde de nier que, renfermé dans ses véritables limites, l’enseignement agricole n’ait son utilité. Toutes les nations le pratiquent, toutes sans exception, y compris l’Angleterre et l’Ecosse, et il serait bien étrange qu’en France, où tout s’enseigne plus largement qu’ailleurs, on n’enseignât pas précisément ce qu’il y a de plus nécessaire. S’il s’agissait d’une grande dépense, je comprendrais qu’on hésitât ; mais dans un temps comme celui-ci, qu’est-ce qu’un ou deux millions par an pour étudier les meilleurs moyens de nourrir et de vêtir la population ? L’entretien du bois de Boulogne coûte davantage.

Même aujourd’hui, où l’on commence à revenir sur ses pas, on ne se fait de l’enseignement agricole qu’une idée fausse et étroite. On parle de l’établir dans les écoles primaires, comme si la France avait besoin d’ouvriers agricoles. Nous avons les premiers ouvriers agricoles du monde, et si l’on entreprend de leur enseigner la pratique de l’agriculture, il n’en est pas un qui n’en sache plus que tous les professeurs. La pratique proprement dite ne s’enseigne pas ; ce qu’il faut enseigner, c’est ce qui nous manque, l’emploi de la science et du capital. Qui peut encore s’imaginer, en présence de l’exposition universelle, que l’agriculture soit à tout jamais l’œuvre ingrate de l’ignorance et de la pauvreté ? Qui peut croire encore, devant ces engrais artificiels, ces analyses de sols, ces échantillons géologiques, ces machines compliquées, ces instrumens de précision, ces produits nouveaux extraits de plantes anciennement connues, ces animaux pétris à volonté par la main de l’homme, que la chimie, la physique, la zoologie, la botanique, la mécanique, toutes les sciences, n’aient rien de commun avec l’exploitation du sol ? Comment