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de l’élément nouveau que M. Agassiz a introduit dans le débat, lors qu’il a substitué à l’idée d’une espèce se changeant en une autre espèce l’idée de deux espèces différentes provenant de deux germes semblables, dont le développement aurait acquis des degrés différens par la seule action des influences extérieures, et j’avoue que lorsque nous voyons nos espèces actuelles repasser, à partir de la première évolution du germe, par toutes les phases d’organisation auxquelles les fossiles des mêmes familles se sont arrêtés, le doute me paraît encore moins fondé. Voici de la théorie ; mais quant à l’expérience, si l’on veut attaquer le problème, l’idée qui se présente à l’esprit, ce n’est pas de pousser nos espèces actuelles au-delà de l’échelon auquel elles sont parvenues, mais d’arrêter l’embryon dans le cours de son développement, d’étendre, de généraliser l’expérience de William Edwards sur le têtard, expérience qu’à ma con naissance notre profond physiologiste M. Claude Bernard a reproduite et vérifiée.

Si des animaux nous passons aux plantes, la question change complètement d’aspect. Ce qui doit nous préoccuper, c’est bien moins de transformer une plante en une autre plante que de reproduire, sur celles des plantes actuelles qui correspondent aux végétations primitives, un excès de développement qui les en rapproche, afin de pouvoir ensuite conclure de la similitude des effets à l’analogie ou à l’identité des causes. Le problème imposant dont nous entrevoyons alors la solution, c’est d’éclairer l’histoire physique de la terre par des expériences de physiologie, et de reconstituer ainsi la météorologie primitive du globe. J’hésite d’autant moins à vous soumettre ces vues nouvelles, auxquelles mes études sur la végétation m’ont conduit, que personne autant que vous ne pourra les contrôler et les introduire dans le domaine public de la science.


À part le compliment final, qui était d’obligation, on voit que le résultat de l’enquête consciencieuse à laquelle nous venons de nous livrer, c’est qu’il y a peu d’espoir d’arriver à changer artificiellement les espèces animales, bien que l’idée d’agir expérimentalement sur les embryons et les germes,.de manière à les arrêter à diverses phases de leur développement pour reproduire les espèces fossiles, soit une vue importante qui mérite d’être signalée au physiologiste expérimentateur. Il va sans dire, et c’est la que gît la principale difficulté, qu’il ne suffit pas seulement d’arrêter un développement organique : il faut encore y joindre la faculté reproductrice pour compléter une espèce. Cette sexualité du reste, dans beaucoup de cas, semble bien accessoire. Pour de nombreux animaux, prendre ou ne pas prendre de sexe, c’est le résultat de circonstances des plus