Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/806

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


le plan de l’expérience que vous demandez. En général, il vaut mieux opérer sur les plantes que sur les animaux, et voici pour quoi. Plus l’organisation d’un être vivant est simple, et plus nous avons de prise sur lui. Ainsi il n’est pas douteux qu’on doit réagir au moyen d’une atmosphère artificielle plus profondément sur les plantes que sur les animaux. Chez ceux-ci, la nutrition présuppose une fonction antérieure qui en est indépendante, à savoir la respiration. Dans l’économie animale, l’air sert à l’assimilation des alimens, mais il ne nourrit pas par lui-même. La nutrition s’opère au moyen d’un organe spécial. Chez les plantes, nous ne trouvons rien de semblable : ici en effet la respiration se confond avec la nutrition ; l’atmosphère n’agit pas seulement en favorisant l’assimilation des alimens comme chez l’animal, l’atmosphère est elle-même l’aliment. La nutrition ne s’opère pas par un organe spécial, mais par tous les organes à la fois. Chaque cellule est un estomac sur lequel nous pouvons agir, et les actions intérieures à la suite desquelles un végétal croît et se développe sont infiniment plus simples que les actions correspondantes dont l’animal est le siège. Ces actions se rapprochent beaucoup plus de celles que nous produisons dans nos laboratoires, car le végétal se nourrit d’eau, d’acide carbonique, d’ammoniaque, d’azote, d’oxygène, de nitrates, toutes substances appartenant à la nature inorganique, qui n’ont subi aucune élaboration antérieure, et sur lesquelles la chimie est habituée à opérer. L’animal au contraire exige pour se nourrir une matière déjà organisée. Cette matière éprouve dans l’intérieur de ses tissus des transformations infinies, dont la succession mal connue échappe aux lois de la chimie, et sur la vraie cause desquelles on possède plus de présomptions que de preuves.

D’un autre côté, quelle disparate n’y a-t-il point entre les effets que nous pouvons produire sur les animaux et sur les plantes au moyen des agens impondérables ! Et pour n’en citer qu’un exemple, une élévation de température, qui est sans influence sur l’animal, imprime au contraire à la végétation une activité surprenante.

En présence de tous ces faits, il me paraît impossible de ne pas donner la préférence aux plantes pour tenter les expériences que vous demandez. Pour terminer et pour conclure, s’agit-il de rechercher si les espèces animales changent ou ne changent pas sous l’empire des influences physiques, et si, après chaque révolution du globe, les générations nouvelles qui apparaissent sont le produit d’une création nouvelle, ou descendent des espèces antérieures ? Je décline la responsabilité de tout plan d’expérience conçu en vue de décider ce point difficile de zoologie théorique. Pourtant, si nous nous en tenons aux faits, il est impossible de méconnaître l’importance