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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/695

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canons et de leurs navires, les pêcheurs de la Zélande se remontrèrent en 1617 dans ces mers avec trente-trois navires bien armés. Ils prirent position dans les baies les plus fréquentées et contrarièrent la pêche des Anglais. Vers la fin de juillet, une petite escadre zélandaise attaqua trois bâtimens britanniques, tua une partie de leurs hommes, brûla leurs tonneaux, et s’empara d’un des navires, pour s’indemniser des pertes essuyées dans les dernières expéditions. Ce vaisseau saisi sur les Anglais fut triomphalement ramené en Hollande par la flotte des pêcheurs néerlandais ; mais les états-généraux, goûtant peu ce système de représailles, firent mettre en liberté le navire et dédommagèrent le capitaine. La leçon néanmoins avait frappé juste. Comme le droit des Anglais n’était après tout que le droit du plus fort, il fut détruit par la force. On finit par s’entendre et par se partager les quartiers de la pêche. Chaque nation devait poursuivre la baleine le long de certaines côtes et dans les limites qui lui étaient assignées. La Hollande ne tarda point dès lors à surpasser la Grande-Bretagne elle-même dans ses entreprises maritimes à la recherche d’une proie si convoitée [1]. L’histoire de cette pêche grandiose, de cette pêche épique, se divise en deux périodes distinctes, l’une de protection, l’autre de liberté [2].

La compagnie fondée à Amsterdam en 1614 retint le privilège de la pêche de la baleine jusqu’en 1642. Ce monopole ne cessa néanmoins d’exciter le mécontentement de certaines provinces bataves qui se trouvaient exclues par un tel traité des bénéfices d’une industrie souveraine. Les réclamations affluèrent auprès des états-généraux. Le caractère valeureux et entreprenant des Frisons supportait surtout avec impatience les obstacles légaux qui leur interdisaient l’accès de ces régions redoutables. Ils invoquèrent le droit commun qu’ont toutes les parties d’un état républicain à la participation des mêmes dangers et des mêmes avantages. Les états-généraux

  1. Dans les commencemens, comme l’office de harponneur exigeait, outre le courage personnel, des connaissances spéciales, on employait seulement des Biscayens, accoutumés depuis longtemps aux dangers et aux difficultés de cette pêche. Chaque vaisseau était alors dirigé par deux hommes, le commandeur ou le pilote, qui était un Hollandais, et le harponneur, appelé en néerlandais speksnyder (coupeur de lard), et qui était de la Biscaye. Ce dernier avait la surintendance des pêcheurs et présidait à l’attaque de la haleine. Plus tard, les Hollandais surpassèrent les Basques dans cette stratégie périlleuse, et les Anglais eux-mêmes durent apprendre des Hollandais l’art de se procurer ces animaux, source d’une richesse considérable. Aussi recoururent-ils plus d’une fois à l’assistance des marins à qui ils avaient d’abord disputé le terrain de la pêche.
  2. La naissance de la pêche de la baleine est ultérieure au développement de la pêche du hareng, qui remonte aux premiers temps de la république batave. Par une anomalie singulière, les Hollandais continuèrent à appeler la pêche du hareng la grande pêche et celle de la baleine la petite pêche. La pêche du hareng était, il est vrai, plus lucrative et occupait un plus grand nombre de bâtimens.