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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/677

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pièces de ses jeunes compétiteurs. La musique de M. Halévy, bien supérieure au poème qui l’a inspirée, n’a pu cependant en racheter complètement les faiblesses. On remarque au premier acte une charmante romance : Comme deux oiseaux que le ciel rassemble, très bien chantée par M. Bataille ; les jolis couplets : Un amoureux, que M. Mocker dit avec esprit, et un trio bien venu. Un joli quatuor au second acte et un duo assez dramatique au troisième ne suffisent pas pour sauver la langueur toujours croissante d’un ouvrage plein d’ailleurs de distinction et de charmans détails. Nous pensons que la reprise, de Richard Cœur-de-Lion, qui vient d’avoir lieu tout récemment au théâtre de l’Opéra-Comique, sera plus fructueuse pour l’administration que les nouveautés qu’elle donne depuis quelque temps. On ne se lasse pas des vrais chefs-d’œuvre, et bien que celui de Grétry, qui remonte à l’année 1785, soit assez médiocrement chanté en l’an de grâce 1856, il attirera tous ceux qui aiment la vérité, le sentiment, l’esprit et le génie, sans lequel on ne fait rien de durable dans les arts. M. Barbot, qui joue le rôle de Blondel, possède une voix de ténor assez étendue, mais un peu gâtée par des sons de gorge et une prononciation qui sent trop les bords de la Garonne, où sans doute l’artiste a vu le jour. Ses gestes trop nombreux et son goût pour les éclats de mélodrame indiquent suffisamment qu’il a fait longtemps les délices de quelque chef-lieu de préfecture. M. Jourdan est infiniment mieux dans le personnage de Richard, dont il a chanté la romance à deux voix : Un regard de ma belle, avec un sentiment distingué et une voix bien dirigée.

Le Théâtre-Lyrique ne désemplit pas dans les jours fériés où l’on donne la Fanchonnette. Heureuse fille, qui ne se doutait pas la veille du bonheur qui l’attendait au lendemain ! Pour donner un peu de repos à Mme Miolan, qui chante quatre fois par semaine les agréables chansonnettes de M. Clapisson, on a repris également au Théâtre-Lyrique le chef-d’œuvre de Grétry. « Où peut-on être mieux qu’au sein de sa famille ? » La musique de Grétry est précisément de la musique populaire dans le bon sens du mot. Aussi sera-t-elle accueillie favorablement par le public qui fréquente ce théâtre des lointains climats.

Nous ne sommes pas aussi dédaigneux qu’on voudrait le croire quand il s’agit de musique sans prétention, pourvu qu’on la donne pour telle, comme le fait spirituellement M. Offenbach aux Bouffes-Parisiens. Il sera beaucoup pardonné à M. Offenbach et au théâtre qu’il dirige pour avoir mis la main sur un petit chef-d’œuvre à peu près inconnu de Mozart, le Directeur de Spectacle (der Schauspiel-Director), opérette en un acte, qu’il a eu la bonne pensée de faire représenter sous ce titre : l’Imprésario. C’est en 1786 que Mozart laissa échapper de ses mains ce petit joyau, qui lui fut commandé par l’empereur Joseph II à l’occasion d’une fête qui eut lieu au palais de Schœnbrunn. Il y a quatre personnage : deux hommes, ténor et basse, et deux femmes, qui furent représentées dans l’origine par Mlle Cavaglieri et Mme Lange, qui n’était autre que la belle-sœur de Mozart, cette Aloyse de Weber dont le regard l’avait enchanté et qu’il voulait épouser. Au refus qu’il éprouva, Mozart, qui avait la candeur du génie, reporta son affection sur sa sœur Constance, qui devint sa femme. Mlle Cavaglieri et Mme Lange étaient les deux plus habiles cantatrices qu’il y eût alors à Vienne, et, sous les noms symboliques de Cœur (Herz) et de Timbre-Argentin (Silberklang)