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ment plus qu’il ne fallait à son système ; il tenait avant tout à entrer en matière et à établir en quelque façon un point de départ. Si cette pensée était traduite en fait, le résultat ne se ferait probablement pas attendre. Une constituante italienne s’établirait à Bologne, et son premier acte serait de proclamer la déchéance complète du pape, en même temps qu’elle déclarerait la guerre à l’Autriche. C’est là une alternative qui n’a rien d’invraisemblable. Supposez au contraire que la mesure eût les meilleurs effets, que l’organisation nouvelle des Légations fonctionnât pacifiquement. Que pourrait-on répondre, ainsi que l’a fait observer M. d’Azeglio dans le sénat de Turin, aux autres provinces romaines qui réclameraient le même régime ? Elles s’insurgeraient, et si les Légations n’avaient pas proclamé la déchéance du pape, les autres provinces secoueraient son autorité infailliblement. De tout ceci, il ressort, ce nous semble, une conclusion naturelle. Sous quelque aspect qu’on envisage cette complexe et délicate question italienne, il se présente toujours deux solutions. Il y a la solution par la révolution et par la guerre à l’Autriche, il y a la solution par un progrès sage, modéré et intelligent, qui est aussi une manière d’arriver à l’indépendance, quoique par une voie plus lente. Il faut que l’Europe et l’Italie choisissent entre ces deux solutions. Le choix de l’Europe paraît se dessiner d’une façon assez claire aujourd’hui. Dans l’intérêt du monde catholique et dans celui de l’Italie elle-même, l’Europe ne peut songer à porter atteinte directement ou indirectement à la souveraineté temporelle du pape ; mais en même temps elle a le droit et le devoir de provoquer par ses conseils, par une intervention amiable, tout ce qui serait de nature à faire renaître la sécurité dans les états pontificaux, et à raffermir un pouvoir qui exerce une si grande action sur les consciences. Indépendamment des autres mesures politiques et administratives que le gouvernement romain peut être appelé à adopter, il en est une à laquelle il doit songer, parce qu’elle est de nature à rendre plus facile et plus prochaine la retraite des troupes étrangères : c’est l’organisation de l’armée. Déjà le cabinet pontifical est entré dans cette voie ; il a porté à 12,000 hommes le chiffre de l’armée nationale, et il a surtout recruté un corps de 4,000 Suisses. Sur ce point, comme sur tous les autres, l’appui et les conseils des puissances ne peuvent manquer au saint-siège. C’est là sans doute le sens des démarches qui vont se faire à Rome, et ce sera un des résultats du congrès de Paris. L’Angleterre, en sa qualité de puissance protestante, peut mettre plus de liberté dans son langage vis-à-vis du saint-siège. Il y a cependant une chose à considérer, c’est l’extrême réserve des paroles de lord Palmerston et de lord Clarendon au sujet des affaires d’Italie. L’Angleterre est un admirable pays où les journaux font des révolutions chez les autres — sur le papier, tandis que le gouvernement conduit la politique extérieure à peu près comme il lui convient, ou plutôt comme il convient aux intérêts du pays. Lord Palmerston ne l’a point laissé ignorer : il a déclaré que l’Angleterre conservait pour le Piémont les sentimens de sympathie qu’il mérite, qu’elle l’appuierait certainement s’il était attaqué, mais qu’elle ne seconderait aucune tentative perturbatrice ou aucune agression contre l’Autriche. Le Piémont, du reste, est le premier intéressé à se dégager de toute complicité