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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/666

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La papauté a été pendant longtemps un élément de puissance et de domination morale pour la péninsule : elle n’était pas seulement ce que Rossi appelait peu avant sa mort la dernière grandeur de l’Italie ; Rome était encore un centre où affluaient des ressources de toutes les parties du monde catholique, et ces ressources, rejaillissaient en bien-être, sur les populations, qui vivaient sans trop songer à travailler par elles-mêmes. Depuis ce temps, les révolutions sont survenues, la papauté a été soumise aux plus cruelles épreuves. Les réformes politiques et économiques qui ont été accomplies dans beaucoup d’états catholiques ont notablement diminué les ressources du saint-siège, et il a bien fallu recourir à d’autres moyens de gouvernement, à l’impôt, par exemple. Les souverainetés ecclésiastiques qui existaient dans d’autres pays déteignant par degrés la papauté est restée seule en vue, réunissant à la fois la puissance temporelle et la puissance spirituelle, et on s’est accoutumé à mettre en discussion si ce mélange de pouvoirs était nécessaire. Les passions nationales italiennes se réveillant en même temps, la question s’est étrangement compliquée ; on s’est demandé si un état neutre par sa nature, nécessairement étranger à tout conflit et placé au centre de la péninsule, n’était pas un obstacle incessant à la reconstitution de la puissance italienne. Le gouvernement romain, de son côté, n’a point toujours été, il s’en faut, à la hauteur de son rôle. Tandis que tout se transformait autour de lui, il ne changeait pas. Par tempérament, il est d’habitude craintif et méticuleux ; il manque trop souvent d’initiative et d’activité ; il redoute la responsabilité, il aime les atermoiemens. Au lieu d’aborder nettement et simplement les difficultés, il les évite, croyant ainsi les avoir résolues.

Il est résulté de ce concours de circonstances une situation qui n’a cessé de s’aggraver. Les ennemis de la papauté se sont enhardis jusqu’à faire un mot d’ordre de sa déchéance temporelle, en la représentant comme un obstacle permanent à toute réforme intérieure et à toute revendication nationale. Les soutiens de la souveraineté pontificale, en haine des révolutions, se sont rejetés dans une immobilité absolue, et ont pris en défiance tout ce qui se présentait sous le nom de sentiment italien. Quant aux hommes intelligens et éclairés qui croient la souveraineté temporelle du pape nécessaire pour le monde catholique comme pour l’Italie elle-même, mais qui croient aussi que cette souveraineté n’est point incompatible avec un progrès raisonnable, ils se sont refroidis un peu en voyant leurs efforts inutiles. Le gouvernement pontifical s’est trouvé avec des serviteurs dangereux, des ennemis implacables et une masse obéissante, mais tiède. Telle est la condition actuelle des états de l’église.

Le mal est réel, il ne servirait à rien de le nier ; mais que sera le remède ? Il ne peut être que lent et progressif. La régénération des États-Romains ne peut être que l’œuvre du temps et d’un travail persévérant, par cette raison bien simple que ce n’est pas l’administration seule qui doit se réformer : les populations elles-mêmes ont à contracter toutes les habitudes d’une vie nouvelle. Il semble à bien des esprits qu’ils ont tout dit quand ils ont parlé du gouvernement des prêtres, et que ce qu’on nomme la sécularisation doit guérir tous les maux. C’est un jugement aussi superficiel qu’inexact. Si on consulte les faits, il y a beaucoup moins de prêtres qu’on ne le pense et qu’on