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des espèces de cafés dans lesquels on lit les journaux, on cause d’affaires peu sérieuses, et on charge de dépenses plus ou moins licites la note qu’acquitteront les parens. Quelques étudians plus laborieux ont fait revivre, il y a plusieurs années, la tradition des chambres de rhétorique, rederijkers. Ces sociétés remontent au XIVe siècle : elles existaient alors dans presque toutes les villes des Pays-Bas ; elles recrutaient leurs membres parmi toutes les classes de la population, les nobles, les moines, les marchands. On se réunissait à certains jours dans un local qui appartenait à l’association et qui avait une devise particulière : on y récitait des poèmes et l’on s’exerçait à l’improvisation sur un sujet donné. Ces chambres de rhétorique ont exercé une grande influence sur la littérature néerlandaise, et à la longue même, il faut le dire, une influence pernicieuse. Le faux goût, l’imitation de l’étranger, la futilité de certains ornemens du langage, l’enflure classique, s’introduisirent peu à peu dans ces cercles, dont les membres s’admiraient les uns les autres pour être admirés eux-mêmes. On accuse, et avec raison, les anciennes chambres de rhétorique d’avoir fini par arrêter le développement de l’originalité batave. Toutefois de telles institutions, renouvelées et mises en harmonie avec les besoins du siècle, pouvaient encore rendre des services. Les étudians membres de cette association littéraire tenaient leurs séances dans le burg.

Autrefois citadelle de la ville, le burg n’est plus qu’une ruine, mais une ruine imposante et vénérable. On attribue la fondation de cet édifice féodal à Engiste, duc des Saxons selon les uns, roi des Frisons selon les autres, et qui venait de subjuguer les Bretons. Quoi qu’il en soit de cette origine obscure, le burg, auquel on montait jadis par un escalier de pierre, et vers lequel on se dirige maintenant par des avenues disposées en forme de labyrinthe, est un puissant ouvrage d’architecture militaire. Sa forme ronde, l’épaisseur de ses murs que le temps a respectés, sa position sur une colline qui dominait le cours du Rhin, tout contribuait, dans les âges de barbarie, à personnifier en lui le sombre génie de la force. Ce vieux château a été le noyau de la ville, les maisons particulières sont venues s’établir sous son ombre une à une, et s’adosser à une tyrannie féodale qui était en même temps une protection. L’histoire a enregistré les troubles et les séditions que souleva plus d’une fois parmi les bourgeois de Leyde la terrible domination des anciens burgraves. Leur nid d’aigle n’est plus maintenant qu’un des ornemens de la ville. De ce point élevé, comme d’un belvédère, on découvre les vastes plaines de la Rhinlande. Les étudians tenaient pendant l’été leurs séances littéraires dans l’enceinte du burg, circonvenue par d’épaisses et formidables murailles. La voûte du ciel leur tenait lieu