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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/625

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dans leurs mains le crédit nécessaire à la spéculation de prévoir les variations probables des prix et de ménager ou de saisir les momens opportuns, afin d’effectuer avantageusement leurs achats ou leurs ventes. Sans avoir l’intention d’influer arbitrairement sur les prix, il suffit aux grands détenteurs de capitaux, pour produire des mouvemens, de prendre les positions que leur conseillent leurs intérêts, d’après les données supérieures d’information et d’appréciation qu’ils possèdent, et à l’aide des combinaisons que leur offre le jeu de la spéculation.

Résumons l’action des divers élémens qui influent sur la fixation et les variations des prix des valeurs à la Bourse. Le prix d’une valeur représente, outre la somme fixe qui a constitué à l’origine le capital de l’entreprise ou le prix d’émission du titre, l’augmentation future qu’acquerra cette somme soit par les progrès de la richesse générale, si la valeur est un titre de rente, soit par la richesse qui sera créée par l’entreprise, si la valeur est une action. C’est cette seconde part du prix des valeurs qui s’établit à la Bourse. Là cette richesse générale ou particulière que l’avenir devra ajouter aux va leurs est chaque jour calculée, estimée, prévue par la spéculation, — et, tout en profitant à la portion du public qui a pris les titres à l’émission, elle se partage principalement entre les spéculateurs et les grands détenteurs de capitaux, ceux-ci étant assurés d’ailleurs d’obtenir avec le moins de risques le lot le plus avantageux. Puis, au-dessous de ce grand et premier partage de la richesse future, les oscillations des prix amenées par les incidens politiques ou financiers et par les combinaisons particulières au commerce des valeurs donnent sans cesse lieu à des différences en hausse ou en baisse, comblées alternativement par les détenteurs sérieux de valeurs qui ont besoin de réaliser ou par les détenteurs de capitaux qui ont des fonds à placer, mais dont les frais sont faits plus particulièrement par les spéculateurs, et dont les profits vont presque toujours aux grandes accumulations de capitaux. Ainsi, une fois le premier partage dont nous venons de parler accompli, ceux qui ont le besoin sérieux de vendre ou d’acheter des valeurs subissent, quant aux prix, la loi de la spéculation, qui devance et exagère toujours un peu la tendance prédominante, et la spéculation à son tour, même lorsqu’elle a la chance de deviner juste, est toujours obligée de partager ses profits avec les grands détenteurs des capitaux. En un mot, les opérations de bourse ne sont point productives de richesse : elles ont pour résultat général, appliquées aux titres des entreprises, la répartition anticipée de la richesse nouvelle que doivent créer ces entreprises, — appliquées aux titres qui représentent des rentes fixes, la répartition également anticipée et graduelle de l’accroissement de valeur que