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au moyen de ses propres obligations et des dépôts qu’il reçoit en compte courant, il fallait bien qu’il fût autorisé à acheter des valeurs pour donner à ces capitaux un emploi fixe ou momentané. Il entrait de même dans les attributions nécessaires du Crédit mobilier soit de prêter sur les titres pour utiliser ses fonds en placemens à courte échéance, soit d’emprunter sur ces mêmes titres pour se faire des ressources. Une fois la fondation d’un établissement tel que le Crédit mobilier résolue, il était impossible de lui interdire le commerce des valeurs ; mais, quelle action doit exercer sur ce commerce une machine aussi puissante que le Crédit mobilier ? C’est une question aussi délicate qu’importante, et il faut, pour y répondre, traverser au moins d’un regard rapide ce forum grandissant et agité des intérêts matériels que l’on appelle la Bourse.


La Bourse est le marché où se vendent et s’achètent les titres qui représentent les capitaux de placement engagés dans les rentes publiques et dans les entreprises créées par le crédit commanditaire. Ce sont ces titres, dont nous avons déjà expliqué la nature et la forme en parlant du crédit commanditaire [1], que nous désignons, pour la commodité du discours, sous la dénomination générale de valeurs.

Ce marché a acquis depuis peu d’années une immense importance par la quantité des valeurs qui y ont été émises et par le nombre toujours grossissant de ceux entre lesquels se partage la propriété de ces valeurs. Nous avons vu que l’on peut estimer à environ 15 milliards le capital que représentent les rentes publiques et les actions et obligations des sociétés anonymes à leurs cours actuels, et nous ne comprenons point dans cette estimation les sociétés en commandite proprement dites. Il serait difficile d’indiquer par un chiffre exact le nombre des personnes intéressées dans cette portion de la richesse générale ; mais ce nombre s’est accru énormément après 1848 par la consolidation en rentes des livrets des caisses d’épargne, et depuis trois ans par l’émission des derniers emprunts et la création des nouvelles compagnies. Avant l’émission des derniers emprunts qui ont fait pénétrer la rente par petites coupures dans les classes les plus modestes de la population, on portait déjà à environ huit cent mille le nombre des rentiers. Il n’y a donc pas de témérité à supposer qu’environ quinze cent mille personnes sont directement intéressées au prix des valeurs dont les variations quotidiennes sont déterminées par les opérations de bourse.

  1. Voyez l’article sur le Comptoir d’escompte et les diverses formés de crédit, livraison du 1er avril 1856.