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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/549

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il m’emmena sur une terrasse, et, passant mon bras sous son bras : — Vous allez être bien contente, me dit-il ;… j’ai vu Laura.

— Eh bien ?

— Eh bien ! nous nous sommes expliqués… Il le fallait bien…, puisque nous retournons à Londres dans huit jours. Voyez-vous, Grisell, nous avions tort l’un et l’autre. J’ai fait ma confession le premier ; la sienne a suivi. Quand on s’aime, il n’y a pas d’orgueil qui tienne. Laura est mienne plus que jamais.

— Je n’ai jamais doute d’elle, répondis-je, et j’estime que vous avez pris le bon parti… Mais enfin d’où venaient ses rancunes ?

— D’une erreur qu’on a pris soin d’envenimer. Elle a cru voir de la dissimulation dans le silence que j’ai gardé vis-à-vis d’elle sur l’humble métier de mon père. Les cousines d’Alderbeck l’ont raillée de ce qu’elle allait épouser le fils d’un horloger, honteux de s’avouer tel. Elle a cru voir là une déception calculée. On a intercepté des lettres…, que sais-je ?… En revenant à Londres, elle se regardait comme offensée, et mes reproches l’ont trouvée disposée à me refuser toute explication. Il est clair que, dans tout ceci, les torts les plus graves sont à ma charge.

Et Hugh mit à s’accuser, à justifier Laura, une chaleur qui me fit sourire, d’autant que j’en savais, ce me semble, un peu plus long que lui sur ce sujet ; mais enfin l’essentiel était que la réconciliation fût complète. Elle l’était. Laura demandait à me voir. Je courus à Wood-End. J’y trouvai Laura heureuse comme on l’est au sortir d’un mauvais rêve, et ne s’inquiétant plus que du pardon à obtenir, de Hugh. — Ah ! me disait-elle, vous ne savez pas à quel point je suis changée. Croiriez-vous que mon plus grand bonheur à présent est de penser que je lui devrai tout, que je tiendrai tout de lui ?… Et cette idée faisait autrefois mon tourment.

Je ne pus m’empêcher de sourire en pensant qu’après tout, sous une autre forme, elle m’exprimait là un sentiment tout à fait analogue à celui qui les avait désunis pour un temps. L’ancienne obstination de Laura se retrouva tout entière quand je voulus obtenir son consentement à un mariage immédiat. Il fallut employer les grands moyens pour l’y décider, et Hugh s’en chargea.

Trois semaines après leur réconciliation, Laura quittait Wood-End pour venir prendre possession de Thorney-Hall, et deux heures après la cérémonie nuptiale, nous quittions le vieux château pour retourner à Londres, — nous, c’est-à-dire Harley, moi, les enfans et la tante Thomasine. Au moment où la chaise de poste franchissait la grille du parc : — Voilà, me dis-je, ma mission accomplie. Hugh a maintenant près de lui une affection qui lui tiendra lieu de la mienne. Le ciel veuille qu’il soit à jamais heureux !