Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/507

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


lorsque Marsigli [1] eut décrit comme autant de fleurs les animaux du corail et de quelques autres espèces voisines ; mais pendant que le comte italien publiait une découverte qu’il devait probablement à ses entretiens avec les pêcheurs de Marseille, un médecin de la marine française observait les mêmes faits, et en saisissait bien mieux l’importance et la vraie signification. Dans un mémoire adressé en 1727 à l’Académie des Sciences de Paris, Peyssonel déclara s’être assuré par des observations réitérées que les prétendues fleurs des coraux, des madrépores* des lithophytes, etc., étaient de véritables animaux semblables aux actinies, zoophytes connus depuis Aristote sous le nom d’orties de mer.

Peyssonel avait trop raison pour que sa manière de voir fût d’abord adoptée. Réaumur, imbu des idées régnantes, annonça à l’Académie cette belle découverte en la combattant et en appuyant de l’autorité de son nom les opinions de Marsigli, légèrement modifiées. Voulant même éviter à un homme qu’il estimait et qu’ii croyait dans l’erreur les désagrémens d’un échec trop bruyant, il ne prononça pas le nom de Peyssonel [2]. Celui-ci, sûr de ses observations, certain d’être dans le vrai, en appela alors aux savans étrangers ; il adressa son travail à Londres et le fit imprimer dans les Transactions philosophiques [3]. Quelques années après, Trembley, compatriote et parent de Bonnet, redécouvrait en Hollande l’hydre entre vue déjà par Leuwenhoek, étudiait cet habitant de nos eaux douces, et annonçait les découvertes qui ont immortalisé son nom ; Bernard de Jussieu et Guettard, envoyés par leurs confrères de l’Académie de Paris, partaient pour nos côtes occidentales, observaient ce monde marin qui réserve de si grands enseignemens à qui sait le comprendre, et confirmaient notamment tout ce qu’avait dit Peyssonel. Réaumur se rendit à ces témoignages, et avec une noblesse de bonne foi qu’on ne saurait trop louer, il proclama lui-même son erreur passée et la grandeur de la découverte due à celui qu’il combattait treize ans auparavant [4].

Un de ces hasards comme il en arrive à qui sait les chercher avait mis Trembley sur la voie des études que nous résumerons rapide ment. Cet observateur avait placé dans un vase de verre une certaine quantité d’eau de mare couverte de ces petits végétaux à deux feuilles étalées, à racine pendante en plein liquide, appelés lentilles d’eau.

  1. Histoire physique de la Mer, 1725.
  2. Ce travail de Réaumur a été imprimé dans les Mémoires de l’Académie des Sciences, 1727.
  3. Philosophical Transactions, t. XLVII. Ce travail fut réimprimé à part à Londres en 1756, lorsque la justesse des idées de Peyssonel eut été démontrée.
  4. Mémoires pour servir à l’histoire des insectes, préface du sixième volume, 1742.