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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/495

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que ses armes n’eussent pas été engagées, tant il avait à cœur d’aller en avant dans la carrière qu’il s’était hardiment ouverte.

Quand même la Suède n’aurait pas obtenu les avantages qu’elle avait mérités, quand même le traité de Paris n’aurait rien stipulé à son égard, nous croyons qu’elle aurait encore à s’applaudir de la conduite qu’a tenue son gouvernement. La Suède s’est relevée de l’oppression que la Russie faisait depuis quarante ans peser sur elle. Pour la première fois depuis quarante ans, elle a osé mettre la Russie ; publiquement en suspicion, et elle s’est associée par un acte authentique au mécontentement général. Oscar Ier a rendu à son pays sa liberté d’action ; il a renoué les fils de la politique traditionnelle et des anciennes alliances. C’est un langage bien nouveau dans les annales de la diplomatie suédoise au XIXe siècle que de prévoir dans un traité public une coopération militaire avec d’autres gouvernemens, pour « résister aux prétentions ou aux agressions de la Russie, » et d’ajouter, dans la circulaire explicative du 18 décembre, ce sévère conseil : « Que la Russie cesse d’inspirer de justes inquiétudes pour le maintien de l’équilibre de l’Europe ! » En quelques jours, combien l’aspect a changé ! Hier, vous disiez que la Suède était enchaînée à la Russie par un pacte de famille, et la voilà qui lance aujourd’hui au tsar un défi. Hier, vous la disiez, et à bon droit, isolée du continent, et la voilà qui parle aujourd’hui en protectrice, elle aussi, de l’équilibre européen, au nom de son alliance avec les deux grandes puissances qui ont garanti cet équilibre. La Suède n’est plus seule en effet, elle n’est plus reléguée à l’extrémité de Europe et négligée par les cabinets du continent ; la voilà redevenue puissance continentale par la communauté d’action et d’intérêts. Qui l’attaque dorénavant attaque l’Angleterre et la France.

Si la Suède en un jour a reconquis à l’extérieur ce que son alliance forcée avec la Russie lui avait fait perdre de considération et de crédit politiques, pense-t-on que la récente conduite de son gouvernement n’entraîne pas aussi au dedans même du royaume d’heureux résultats ? Nous ne croyons pas précisément à l’existence de cette Russie intérieure contre laquelle les journaux de l’opposition, à Stockholm fulminent volontiers ; c’est là sans doute un spectre blanc qu’a enfanté, le spectre rouge. Toutefois on pourrait citer dans cette capitale bon nombre de personnages qui allaient répétant avant la prise de Sébastopol : « Vous êtes des enfans ! le premier empire français n’a rien pu faire contre la Russie ; le second ne fera rien. » Il y avait parmi eux, il est vrai, d’anciens généraux, de vieux diplomates ; tout remplis encore des triomphes de 1812 et de 1813, et du grand rôle qu’ils y avaient joué ; mais il y avait aussi des hommes importans dans l’état, ayant leur part dans le gouvernement, qui s’étaient