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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/486

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vœu général et des sympathies personnelles pour la cause du droit et de la justice. Quelle a été au vrai dans cette situation la conduite du roi Oscar, nul ne le sait précisément, en Suède même, en dehors de son plus prochain entourage ou du monde diplomatique. Nous croyons cependant pouvoir le conjecturer en rapprochant certaines données fournies par la presse ou par des communications verbales, et, si nous ne nous trompons pas, cette conduite apparaîtra aux yeux de tous très sage, très hardie, et en tout très généreuse.

Des le mois de novembre 1854, c’est-à-dire quand l’incertitude était encore générale sur l’attitude que prendrait l’Allemagne, et quand les partisans de la Russie triomphaient du peu de résultats obtenus pendant la première campagne, le roi Oscar avait déjà fait un pas en avant pour sortir de la neutralité. Nous croyons certain que dès-lors il avait engagé des négociations secrètes, tout au moins des pourparlers, avec le cabinet de Paris pour une coopération suédoise. Une demande de subsides et de garanties traitée d’excessive aurait alors été le motif ou le prétexte d’un ajournement. À la même époque, la diète suédoise, qui ne savait rien de ces démarches, craignait l’inertie ou même la connivence du gouvernement, et l’opposition s’efforçait de mettre des conditions à un crédit demandé aux chambres en vue de ce qu’on appelait la neutralité armée. Le roi manda alors auprès de lui le vice-président de l’ordre des bourgeois, et lui dit que peu importait, pour ce qui concernait la politique extérieure, l’avis particulier de tel ou tel ministre, la résolution définitive appartenant au roi ; que l’exposé de motifs de la demande adressée aux chambres avait dû être rédigé avec la plus attentive discrétion, afin de n’inquiéter aucun des cabinets de l’Europe ; que les fonds votés seraient employés sûrement et en tout cas à compléter et à perfectionner le matériel de la flotte et de l’armée, et que, pour le reste, le roi se flattait de l’espérance que « l’attitude qu’il ferait tenir à la Suède au milieu des complications prochaines paraîtrait entièrement conforme aux intérêts et aux sympathies de la nation. » Quelques jours après, à la fin du même mois de novembre, un petit journal de Stockholm, fort répandu dans les campagnes voisines, publiait qu’au moment de la clôture de la diète, le comité secret, avant d’être dissous, avait reçu du roi une communication toute d’accord avec ces paroles. Le roi avait assuré que, « satisfait de la neutralité conservée jusqu’à présent par la Suède, il ne croyait pourtant pas que cette situation fût durable. Il avait donc, dans le cas où la paix ne serait pas prochainement conclue, pris irrévocablement son parti, celui de se décider pour les puissances occidentales, parti qu’il croyait le plus conforme aux intérêts du pays, le seul d’accord avec les souvenirs du passé, avec l’honneur.