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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/442

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grès. C’est M. le comte Walewski qui a pris l’initiative sur ces divers points ; mais par le fait, en ce qui touche l’Italie d’abord, on sent bien que le principal débat était entre les plénipotentiaires autrichiens et les plénipotentiaires sardes, et comme les représentans de l’empereur François-Joseph ont déclaré n’avoir point d’instructions de leur souverain à ce sujet, toute discussion devait être sans issue. La question reste donc entière, et même, si elle a été pendant quelque temps éclipsée par les affaires d’Orient, elle semble prendre aujourd’hui une gravité nouvelle. Les discussions qui viennent d’avoir lieu dans le parlement de Turin ne sont point de nature à en amoindrir l’intérêt M. de Cavour a exposé avec une singulière netteté la politique du Piémont dans le congrès. Sa pensée, ses propositions, et de plus ses actes, ont été à peu près unanimement approuvés par le parlement, après de brillans discours prononcés par M. Mamiani dans la chambre des députés, par M. d’Azeglio dans le sénat.

Au fond, voici les faits simplement exposés : plusieurs états de l’Italie sont dans une situation des plus dangereuses, que personne n’a sérieusement contestée. L’occupation étrangère est en permanence à Rome, dans les Légations, à Parme. Si les armées étrangères se retirent, il n’est point douteux que la révolution ne tardera pas à éclater, et que la démagogie reprendra possession de ces contrées ; d’un autre côté, la présence d’une force étrangère ne sert qu’à entretenir le trouble dans les esprits, à alimenter les passions révolutionnaires. Enfin, en présence de ces deux faits également redoutables, le danger d’une explosion et la permanence de l’occupation autrichienne dans les états voisins, le Piémont a le droit de s’inquiéter. Quel est le remède à cet état de choses ? C’est ce que M. de Cavour a entrepris de chercher. Deux pièces caractérisent la participation du plénipotentiaire sarde aux discussions qui ont eu lieu dans le congrès sur les affaires italiennes. Avant que le congrès ne se fût occupé de cette question, le chef du cabinet de Turin communiquait aux gouvernemens de la France et de l’Angleterre une note verbale où il proposait la sécularisation des Légations et leur organisation sous une forme semi-indépendante comme moyen de pacifier le pays et de mettre un terme à l’occupation étrangère. Lorsque l’impossibilité d’arriver à une solution a été reconnue, M. de Cavour a remis aux cabinets de Londres et de Paris une seconde note, où il expose tous les dangers de ce résultat négatif, la gravité croissante de la situation de l’Italie et les devoirs qui peuvent en découler pour le Piémont dans l’intérêt de sa sécurité. Ces deux documens, disons-nous, caractérisent la politique piémontaise dans les conférences, et laissent entrevoir l’attitude que le cabinet de Turin est décidé à prendre. M. de Cavour ne tenait point sans doute essentiellement à ses propositions au sujet des Légations ; elles n’avaient à ses yeux qu’une importance secondaire, et elles pouvaient subir toutes les modifications possibles. Ce que voulait avant tout le plénipotentiaire sarde, c’était faire reconnaître le droit du cabinet de Turin à parler au nom de l’Italie, et montrer aux yeux des Italiens le Piémont prenant en main leurs intérêts, après avoir acheté de son sang le droit de se faire entendre dans les conseils de l’Europe. M. de Cavour avait une autre pensée. En abordant lui-même la question italienne, il voulait l’arracher aux mains de la révolution pour