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LES CONTEMPLATIONS
DE M. VICTOR HUGO


Avant de parler des Contemplations[1], je veux essayer de caractériser le développement lyrique de M. Victor Hugo de 1822 à 1840. Je laisse de côté ses romans et ses drames, qui reproduisent fidèlement ses tentatives dans la poésie pure, mais qui n’offrent peut-être pas le même intérêt au point de vue intellectuel, et qui d’ailleurs compliqueraient la question. En voyant ce qu’il a fait, ce qu’il a voulu, depuis l’âge de vingt ans jusqu’à l’âge de trente-huit ans, le lecteur comprendra plus facilement comment il est arrivé au style, au ton, à la manière des Contemplations. Ceux qui aiment à créer des analogies entre les hommes célèbres se plaisent à dire que les Contemplations marquent dans la vie du poète une troisième manière. Je pense qu’ils se trompent, et j’espère le démontrer en rappelant sommairement les efforts et les œuvres de cette puissante intelligence entre l’adolescence et la virilité. Ce retour sur le passé n’est pas un passe-temps, mais une nécessité.

Que voulait M. Victor Hugo en 1822 ? Ceux qui ont étudié attentivement ses premiers essais lyriques ne conservent aucun doute à cet égard. Il ne songeait pas encore à changer le fond de la poésie, à introduire dans l’ode, dans la ballade, dans l’élégie, des idées nouvelles, des sentimens nouveaux. Son ambition était plus modeste. Il ne visait pas plus haut que la réforme du style, et dans cette réforme il comprenait le rhythme et la rime. Il est vrai que le style une fois changé devait entraîner le remaniement des idées et des sentimens, que le mélange d’une langue choisie et d’une langue familière appelait des odes, des ballades, des élégies d’un genre nouveau,

  1. 2 vol. in-8°, chez Michel Lévy et Pagnerre.