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géologue, a si bien décrit dans son livre populaire, le Vieux Grès rouge, — couvert d’écaillés comme une tortue, portant deux grandes défenses de chaque côté du corps et n’ayant, que la queue pour organe de locomotion.

Tout le monde a pu observer que la nageoire de la queue d’un poisson est parfaitement symétrique et que les vertèbres s’arrêtent où la nageoire commence. Tous ceux de l’époque paléozoïque sont au contraire caractérisés par la nageoire de la queue non symétrique et le prolongement des vertèbres le long du lobe supérieur de cette nageoire Leur squelette intérieur était réduit d’abord à une simple corde dorsale cartilagineuse. Peu à peu on voit les vertèbres se développer, s’ossifier en quelque sorte. L’époque carbonifère est remarquable par une grande quantité de poissons forts et voraces, dont l’ostéologie rappelle beaucoup les grands reptiles sauriens par la future des os du squelette, les grandes dents striées et la disposition de la colonne vertébrale.

Après la période paléozoïque la nature semble faire un pas décisif : les types primitifs ont disparu et sont remplacés par des typés génériques nouveaux qui se continuent pendant la période secondaire. Les poissons des terrains jurassiques commencent à montrer une nageoire caudale symétrique, et leur tête présente des formes effilées au lieu des formes massives particulières aux premiers. Enfin, aux débuts de la période crétacée, apparaissent les véritables poissons osseux, offrant toutes les particularités que nous observons dans ceux de nos fleuves et de nos mers actuelles.

Il est peu de classes animales où l’on puisse étudier le développement organique des formes aussi bien que chez les poissons, et M. Agassiz, le célèbre auteur de l’Histoire des Poissons fossiles, a même cru pouvoir le comparer au développement embryonnaire des individus. Dans cette hypothèse hardie, qu’il étend aujourd’hui à tous les êtres, la vie de chacun d’eux donnerait dans ses diverses phases comme une représentation réduite de l’histoire de la race entière à laquelle il appartient. « C’est un fait, écrivait récemment M. Agassiz à M. Elie de Beaumont, que je puis maintenant proclamer dans la plus grande généralité, que les embryons et les jeunes de tous les animaux vivans, à quelque classe qu’ils appartiennent, sont la vivante image en miniature des représentants fossiles des mêmes familles, ou, en d’autres termes, que les fossiles des époques antérieures sont les prototypes des différent modes de développement des êtres vivans dans leurs phases embryologiques »

Les reptiles se placent dans nos classifications à la suite des poissons. Dans le terrain dévonien, où ces derniers sont en si grande abondance, on n’a trouvé jusqu’ici qu’un seul squelette de reptile,