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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/376

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elles étaient formées entraîne l’anéantissement complet de tous les êtres. Dans cette dernière hypothèse, la vie ne serait entretenue que par des créations successives, travail toujours nouveau d’une force qui recommence d’un côté ce qu’elle détruit de l’autre.

Quand on recule devant l’obligation d’admettre ces interventions multipliées, on se trouve forcément rejeté vers la croyance opposée. Il faut alors admettre que les espèces, invariables aussi longtemps que rien ne varie autour d’elles, peuvent néanmoins subir certaines modifications sous l’empire d’influences nouvelles dont notre ignorance saisit encore bien imparfaitement la nature et la puissance. Si les formes organiques sont demeurées les mêmes depuis nos jours jusqu’aux temps les plus reculés où nous ramènent les souvenirs et les monumens humains, il faut en conclure non qu’elles ne peuvent se modifier, mais que rien n’est venu les y contraindre, et que le monde physique n’a point changé dans cet intervalle, si long pour nos humbles pensées, si court dans l’histoire de notre planète.

Admettre que les animaux se prêtent à de véritables métamorphoses, et se dépouillent de leurs caractères principaux quand on se contente de changer leurs habitudes, est une exagération que personne n’est plus aujourd’hui disposé à soutenir ; mais il y a loin d’une semblable erreur à reconnaître que la révolution générale produite dans toutes les grandes relations naturelles par le phénomène du soulèvement des montagnes peut entraîner des modifications dans les formes organiques qui échappent à la destruction. En acceptant la belle théorie philosophique qui subordonne l’invariabilité des espèces à celle des phénomènes du monde physique, on se trouve amené à établir un lien de filiation naturelle entre les animaux des différens terrains.

Ce n’est point acculer cette conception à l’absurde que de se récrier sur l’impossibilité d’admettre qu’un mammifère, un singe par exemple, descende, n’importe comment, d’une huître ou d’un poisson. Une pareille objection, ou, pour mieux dire, une interprétation aussi forcée, ne peut naître que dans les esprits peu familiarisés avec la notion véritable d’une série organique.

Un chimiste vous présente deux corps : leurs propriétés sont complètement différentes. L’un est en cristaux parfaitement réguliers ; l’autre, gazeux, est enfermé dans un ballon. Ni leur couleur ni leur odeur ne sont semblables. Le premier jouit des propriétés des bases, le second est acide. Ces deux substances n’ont en apparence rien de commun ; pourtant le chimiste Vous expliquera comment il a obtenu l’une au moyen de l’autre, en y faisant entrer une substance nouvelle, en quantité d’abord faible, puis de plus en plus considérable, ou en retirant des proportions de plus en plus fortes d’un corps simple qui