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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/369

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donnée, et les autres admettent que les espèces peuvent passer de l’une à l’autre, qu’il n’existe point zoologiquement de solution de continuité absolue entre des terrains séparés par une révolution du globe. D’un côté comme de l’autre, on est naturellement tenté d’interpréter les caractères des fossiles au profit de l’une ou de l’autre théorie, et la confusion s’augmente ainsi de ce qui devrait précisément la faire cesser. Pour sortir de ces difficultés, ce ne serait pas assez de connaître, même parfaitement, tous les êtres, leurs fonctions et leurs organes, et de pouvoir établir entre eux une échelle de subordination rationnelle ; il faudrait encore pouvoir interpréter d’une manière précise les rapports mystérieux qui unissent au monde inorganique l’ensemble des êtres animés, et savoir comment ces rapports sont modifiés par les grandes révolutions physiques qui se succèdent d’âge en âge.

La nature organique est régie par deux influences, — l’une lente et continue, — l’autre périodique, soudaine et, pour ainsi dire, désordonnée. C’est principalement sur les effets de la seconde de ces deux influences que l’attention des paléontologues a dû se porter. Avant de les suivre dans leurs recherches sur les révolutions de la nature, il faut dire cependant un mot de l’action des lois permanentes que ces grandes crises viennent troubler.

Pour analyser l’effet des causes permanentes, nous n’avons qu’à jeter les yeux autour de nous : partout nous voyons que les formes organiques reçoivent l’empreinte des circonstances extérieures où elles se produisent, et dont l’ensemble complexe ne peut être mieux désigné que sous le nom de climat. Partout le nombre et la nature des espèces animales et végétales sont dans le rapport le plus intime avec les circonstances où ces espèces se développent. Il y a toutefois dans les lois de leur distribution certaines singularités remarquables, dont la vraie cause, indépendante du climat, nous échappe encore, et qui ont décidé les naturalistes à diviser les continens en grandes zones ou provinces d’habitation animale. Ces anomalies dans la répartition des êtres vivans se sont produites dans le passé comme elles se produisent dans le présent, et il paraît certain qu’on doit les rattacher à la configuration des continens. Les mers, les hautes chaînes de montagnes, les déserts, forment des barrières naturelles que les espèces ne peuvent dépasser. Les animaux marins eux-mêmes, malgré la mobilité de l’élément qui fait leur demeure, n’échappent pas à des interdictions de ce genre. Des isthmes extrêmement étroits, comme l’isthme de Suez, séparent quelquefois des populations marines presque entièrement différentes, et l’on sait qu’une extrême profondeur, comme celle qu’on trouve entre le cap Horn et le cap de Bonne-Espérance, forme dans la mer une barrière