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ne fût-ce que de quelques pas, que doivent tendre obstinément ceux qui se livrent à ces difficiles études. Quelles qu’aient été les différences de leurs doctrines, c’est cet esprit philosophique qui anima les illustres fondateurs de la paléontologie moderne, Lamarck, Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Blainville, Léopold de Buch. Autant il serait injuste de chercher à amoindrir le mérite de simples descriptions faites avec exactitude, autant l’on aurait tort d’oublier qu’elles ne doivent être que les matériaux d’une œuvre plus générale et plus élevée ; Dans les restes des êtres, c’est l’être lui-même qu’il faut chercher : on ne peut qu’à cette condition apprécier la valeur relative et l’importance véritable des caractères sur lesquels on base les classifications. Malheureusement il est beaucoup plus difficile de démêler, à travers tant de variations, les ressemblances les points communs, les liaisons, que de tenir note des plus insignifiantes différences, d’inventer des noms nouveaux, de dresser d’arides catalogues, de ne chercher que ce qui sépare et jamais ce qui unit.

L’appréciation des caractères qui distinguent les, espèces constitue la plus grande difficulté de l’étude des fossiles : c’est dans ce travail ardu qu’il faut faire un usage judicieux de l’analyse et s’aider des progrès que la zoologie proprement dite a faits et fait encore chaque jour. L’étude plus approfondie que l’on a entreprise depuis cinquante ans de ces animaux que nous nommons souvent encore inférieurs a surtout contribué à jeter la lumière dans la classification des fossiles. Avec tous ces secours, il est pourtant trop souvent impossible de démêler, à l’aide des restes imparfaits que nous possédons, la nature véritab1e des animaux, leur forme, leurs fonctions, leur mode d’existence, le jeu de leurs organes : rien n’est resté d’eux que des moules, des empreintes, les coquilles qui leur servaient de demeure et d’ornement, moins encore même, une partie détachée qui devient pour nous une véritable énigme.

Quelquefois cependant on réussit à tirer parti des moindres vestiges, et parmi les nombreux exemples qui montrent qu’on peut réussir dans cette tâche délicate, on ne pourrait en choisir un plus frappant que celui que fournissent les bélemnites. On désigne sous ce nom des corps allongés, durs et pierreux, coniques ou presque cylindriques, qui ressemblent à l’extrémité brisée d’une lance. Ce furent les travaux de MM. de Blainville et d’Orbigny qui établirent la nature véritable de ces singuliers fossiles, qu’on avait pris autrefois pour des pierres de foudre, des stalactites, des dattes pétrifiées, des dents d’animaux, des branches d’étoile de mer. La découverte faite en 1844, par M. Owen, d’échantillons très complets, où l’animal entier est conservé, vérifia la justesse des aperçus et des rapprochemens de MM. de Blainville et d’Orbigny. Nous savons aujourd’hui