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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/351

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attendre les conseils de M. Flinte, qui ne se pressait guère de nous faire connaître sa manière de voir. Ce M. Flinte était le frère unique de notre mère ; c’était sous sa direction que mon père avait placé nos affaires, et, s’il fallait en juger d’après les apparences, M. Flinte ne s’en occupait qu’à contre-cœur. — Il faudra pourtant décider quelque chose, ajouta la tante ; vous allez avoir quatorze ans au mois de mai.

— Quinze, s’il vous plaît, répliqua Hugh.

— C’est pourtant vrai… Quinze,… vous avez raison. Comme le temps passe ! Mais, mon garçon, continua ma tante, modérant sa voix comme pour atténuer le désappointement qu’elle allait infliger à son neveu… sans l’aide et l’aide très généreuse de M. Flinte, vous devez savoir que vous ne pouvez entreprendre aucune de ces carrières qu’on appelle libérales.

— J’y ai renoncé, chère tante, répliqua Hugh sans sourciller. Je ne demande à M. Flinte que de me faire entrer dans les bureaux d’un négociant, ou de me prendre dans les siens, ce qui m’irait encore mieux.

Je trouvai l’idée lumineuse, et j’osai le dire. Ma tante ne fut pas de mon avis.— Vous aviez de plus nobles ambitions, dit-elle à Hugh ; songez qu’un commis-marchand reste fort bien commis-marchand toute sa vie.

Hugh ne fit que sourire à cette menaçante insinuation. — Qu’on m’ouvre une route, et fiez-vous à moi pour y marcher, répondit-il. Je n’ai pas besoin d’un début plus brillant que celui-là.

— Songez, reprit ma tante, que M. Flinte n’est pas le plus aimable des hommes. Il a l’écorce rude, et…

— Moi, j’ai la peau dure, interrompit Hugh. Et je l’aurais embrassé volontiers, pour cette fermeté de bon présage.

Puis, sans insister autrement, il alla s’asseoir à l’autre bout de la chambre, nous laissant débattre ce nouveau projet, que je finis par faire agréer à ma tante. On écrivit en conséquence à M. Flinte, qui ne répondit pas. En revanche, le dimanche suivant, fort avant dans la soirée, un déluge de coups frappés à notre porte nous annonça l’arrivée de ce formidable parent.

— Je voyage toujours le dimanche, dit-il solennellement à ma tante, pour lui expliquer son apparition à cette heure indue… On gagne à cela du temps, et le temps est notre meilleur domaine.

Grand, gros, chauve teint fleuri, sourcils épais, sous lesquels brillaient deux yeux gris toujours pleins de vagues soupçons, tel était notre oncle maternel. Dès les premiers mots par lesquels il interpella son neveu, il fut évident pour nous qu’il restreignait à leurs plus strictes limites les obligations de la parenté. La tante