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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/334

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un terme à mes questions, me rassurer au sujet de M. Langley, qui devait en être quitte, comme moi, pour un gros rhume.

Après une captivité de quelques jours, très-impatiemment supportée, lorsque j’obtins de descendre au salon, j’y trouvai M. Langley. Il ne fit aucune allusion aux dangers que son imprudence m’avait fait courir, sans doute parce qu’il y avait là quelques personnes étrangères ; mais, lorsqu’elles furent parties, il m’offrit son bras pour faire un tour sur le gazon, et m’exprima ses regrets avec une chaleur, une humilité qui me mettaient mal à l’aise. C’était plus que l’occasion ne méritait, et certainement plus que je ne voulais. Ce pardon qu’il réclamait, il l’avait depuis longtemps, et je ne comprenais pas qu’il s’entêtât à me le faire répéter si souvent, comme s’il doutait de mes paroles. À partir de cette journée, il fut tout autre avec moi. Il y eut bien moins d’amertume sceptique, bien plus de bonté dans tout ce qu’il disait. Il donnait bien plus d’attention à mes études, et, si ses leçons eussent duré, je crois que j’aurais fini par vaincre la paresse naturelle de mon intelligence ; mais cet enseignement devait me manquer bientôt.

Des rares félicités de ma vie, voilà celles que j’ai le mieux goûtées, celles qui m’ont, de beaucoup, laissé le meilleur souvenir. Qu’on me permette de n’en pas finir si vite avec elles. Aussi bien, dans l’ordre des événemens que j’ai à raconter, se présente un incident que je ne saurais passer sous silence.

Alan, l’aîné de nos garçons, était, comme tel, destiné à continuer le métier paternel. Malheureusement ce métier n’avait rien d’attrayant pour lui. De. la des discussions qui allaient s’aigrissant toujours entre mon père, habitué à ne rien rabattre de son autorité un peu despotique, et mon frère, réclamant le droit de disposer de sa vie selon les instincts qui étaient en lui. Alan et Hugh offraient à l’observateur un de ces contrastes qui étonnent toujours dans des enfans venus de même origine, élevés dans le même milieu, soumis à des influences identiques. Hugh était moins beau que son frère, mais sa figure frappait bien davantage. Sa tête un peu massive, sort front fortement bombé, sous lequel semblaient s’abriter des yeux penseurs rarement égayés d’un sourire, son nez mince et droit, ses lèvres nettement découpées, son menton peu saillant et partagé par une fossette, lui constituaient une de ces physionomies auxquelles on ne reste pas indifférent, et avec cette physionomie ses moindres mouvemens, depuis la fixité sereine de son regard jusqu’à la ferme allure de sa démarche, concordaient d’une façon saisissante. Alan était un tout autre type, avec son front bas et blanc, ses lèvres un peu fortes, ses yeux légèrement bridés, et son maintien indolent, indices d’un naturel léger et facilement séduit. Il plaisait généralement