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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/300

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III

La société générale de Crédit mobilier pourrait-elle, en combinant l’extension progressive de ses ressources avec son caractère de société anonyme, arriver à cette prépondérance absolue sur le crédit commanditaire ? C’est ce que nous allons rechercher.

Les statuts du Crédit mobilier fixent son capital à 60 millions. Ces mêmes statuts limitent au double du capital réalisé, c’est-à-dire à 120 millions, l’importance des sommes que la société peut recevoir en compte courant. De ces deux chefs, c’est donc une somme de 180 millions que tient le Crédit mobilier pour l’appliquer à ses opérations de commandite et de trafic de valeurs. Ce sont la de considérables et puissantes ressources ; mais quand on étudie le plan des fondateurs du Crédit mobilier, on comprend qu’elles aient dû leur paraître insuffisantes, et qu’ils aient songé à poser dans leurs statuts les bases d’un développement continu de ces ressources.

La commandite est en effet le premier et principal objet du Crédit mobilier. Or le propre de la commandite est d’immobiliser les capitaux qu’elle emploie dans les entreprises qu’elle crée. Les entreprises que le Crédit mobilier est destiné à commanditer, telles que les chemins de fer par exemple, sont de celles qui absorbent des capitaux considérables, quelquefois égaux et même supérieurs au capital du Crédit mobilier. Quelque soin qu’il eût mis à n’engager dans chaque affaire que des sommes modérées, si appliqué et si adroit qu’il eût été à en retirer ses fonds le plus promptement possible, du moment qu’il était décidé à multiplier ses commandites, le Crédit mobilier devait prévoir qu’une grande partie de ses ressources pourrait se trouver immobilisée, et qu’il était exposé à être enrayé dans sa marche. Un nombre très limité de grandes affaires suffirait à un moment donné, si une certaine situation ralentissait le classement des valeurs nouvellement créées, pour absorber et immobiliser un capital de 60 millions. Quant aux fonds provenant des comptes courans, ce sont des ressources essentiellement temporaires, et qui ne doivent être appliquées qu’à des placemens et à des opérations à court terme, lesquelles permettent en tout temps d’en recouvrer la disponibilité immédiate ou prochaine. Le Crédit mobilier, pour n’être pas exposé à chômer dans son office de banque de commandite, devait donc s’assurer un moyen d’étendre presque indéfiniment ses ressources, lorsque celles provenant de son capital et de ses comptes courans ne seraient plus en rapport avec le nombre grossissant des entreprises qui réclameraient à leur fondation son concours commanditaire.