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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/247

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SIR ROBERT PEEL.

rent guère qu’à ouvrir la perspective des réformes et à les rendre possibles un jour par d’autres mains que les leurs. Peel était à peine depuis six mois ministre de l’intérieur, quand sir James Mackintosh proposa à la chambre des communes de déclarer « que dans sa prochaine session elle prendrait en sérieuse considération les moyens d’augmenter l’efficacité des lois criminelles en en diminuant la rigueur, ainsi que les mesures propres à fortifier la police et à rendre les peines de la transportation et de l’emprisonnement plus morales et plus exemplaires. » L’avocat-général de la couronne, sir Robert Gilford, combattit la motion ; mais au moment où la chambre était près de voter, M. Peel annonça qu’il proposerait lui-même, dans trois jours, un bill pour régler la discipline des prisons ; les questions de la transportation, de la police et du régime pénal en général se présenteraient naturellement alors, et il avait à ce sujet des vues qu’il demanderait à la chambre la permission de lui soumettre : « Si dans le cours de la session prochaine, dit-il, l’honorable et savant auteur de la motion veut entrer dans les détails de cette matière, il ne trouvera pas en moi un opposant décidé d’avance à le combattre. » La chambre applaudit à ce langage. La motion de sir James Mackintosh fut adoptée comme gage de réformes prochaines et poursuivies de concert ; les questions de législation pénale sortirent de l’arène des partis pour devenir l’objet d’une étude calme et libre ; les faits furent recueillis de toutes parts, les idées mûrirent dans tous les camps, et moins de quatre ans après ce mouvement d’un généreux accord, M. Peel proposa successivement cinq bills, destinés d’une part à simplifier, coordonner et éclaircir, de l’autre à rendre plus humaines les lois pénales de l’Angleterre, notamment celles qui réprimaient les attentats contre les propriétés et celles qui entraînaient la peine de mort. La sincérité sérieuse, l’esprit pratique et décidé qui présidèrent à ce travail, le succès qu’il obtint quand les lois nouvelles furent mises à l’épreuve de l’application, firent à M. Peel un grand honneur. Un peu d’humeur jalouse se mêlait aux éloges des whigs, ses anciens adversaires, qui le voyaient recueillir les fruits de leurs longs efforts ; mais l’approbation publique étouffait ces petits froissemens des amours-propres, et c’était, en parlant de M. Peel, le mot souvent répété des whigs réformateurs : Quoniam talis es, utinam noster esses !

III

M. Peel cependant n’était que médiocrement satisfait, et n’avançait guère vers ce premier poste dans le gouvernement de l’état, but suprême de son ambition comme des présages de son père et de ses