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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/194

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Une conséquence remarquable de ces travaux analytiques, c’est que l’année prise d’un printemps à l’autre n’a pas une durée invariable. L’année est plus courte aujourd’hui de quelques secondes qu’elle ne l’était au temps d’Hipparque, et un homme qui mourrait centenaire aujourd’hui aurait vécu certainement quelques minutes de moins qu’un centenaire du commencement de notre ère : ce serait à peu près un quart d’heure de moins.

Je saisis cette occasion de dire et de répéter qu’il n’y a qu’une durée invariable dans le monde, c’est le jour. Questionnez la première personne venue, et demandez-lui ce que c’est qu’un siècle ; elle vous répondra que le siècle est de cent ans. Continuez : elle ajoutera que l’année est composée de trois cent soixante-cinq jours et un quart. — Et le jour ? — Le jour est de vingt-quatre heures. — Et l’heure ? — L’heure est de soixante minutes ? — Et la minute ? — Elle vaut soixante secondes. — Puis on remonte de la seconde à la minute, à l’heure, au jour, à l’année, au siècle, sans rien définir de précis. Il est tel dictionnaire où vous trouvez le mot de Cochinchine défini par ces mots : pays des Cochinchinois ; ensuite au mot Cochinchinois vous trouvez : Cochinchinois, habitant de la Cochinchine ! C’est ce que les Grecs appelaient retomber sur soi-même, et ce que nous désignons, je ne sais pourquoi, par l’expression de cercle vicieux. Pour éviter ce grave inconvénient dans la mesure du temps, partez toujours de la durée du jour, qui est invariable, et évaluez tout en jours ; le jour ne sera donc pas définissable ; c’est une période donnée par la nature, ensuite l’heure sera la 24me partie de cette durée, et la seconde en sera la 86,400me partie ; de même l’année sera, dans chaque siècle, d’un certain nombre de jours avec une fraction ; enfin le siècle sera de cent ans, et la révolution du ciel au travers des saisons sera de vingt-six siècles environ.

Au moment où Newton eut établi la marche des planètes dans des orbites presque circulaires dont le soleil n’occupe pas le centre, il entrevit que l’action mutuelle de tous ces corps s’attirant réciproquement devait fausser leur marche régulière, et tout le monde sait qu’il eut la singulière idée qu’un jour le monde aurait besoin d’une main réparatrice. Leibnitz combattit vivement cette présomption en remarquant que la puissance créatrice qui avait tiré le monde du néant devait être présumée assez sage pour avoir su pourvoir à sa conservation. Depuis lors, l’analyse mathématique entre les mains de Laplace a donné raison à Leibnitz, mais avec de curieux accessoires que la science mathématique livre aux métaphysiciens, aux philosophes, aux théologiens, pour en faire tel usage qu’ils jugeront à propos. D’abord la distance de chaque planète au soleil est invariable aussi bien que son année. Il reste de variable la position plus