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j’ai pu remarquer son caractère sage et conciliant sa courtoisie pour les étrangers et son adresse comme cavalier et comme chasseur.

Il est hors de doute que les forces irrégulières que commande le bey du camp suffisent à tous les besoins du gouvernement tunisien. Cependant le dernier bey avait imposé au pays un état militaire régulier, hors de proportion avec ses ressources. En effet, une armée permanente de vingt mille hommes, prise sur une population dont le chiffre ne dépasse pas de beaucoup huit cent mille, équivaut à une armée de neuf cent mille hommes en France. Or c’est là une charge que notre pays aurait de la peine à supporter, et qui, à Tunis, écrase l’agriculture et l’industrie. Sous le point de vue de la défense, elle est inutile, car l’indépendance tunisienne est garantie par nos intérêts algériens du côté où elle pourrait être menacée, et nous n’en avons aucun à chercher à la détruire pour notre compte : ce que nous possédons déjà de l’Afrique nous suffit amplement. D’ailleurs, si nous voulions agir autrement, ce ne sont pas certes les vingt mille hommes de troupes soi-disant régulières du bey qui nous arrêteraient.

Le gouvernement tunisien n’a pas fait pour sa marine les mêmes dépenses que pour son armée régulière de terre. Ses forces navales consistent en deux corvettes, un brick, un bateau à vapeur donné par la France en échange d’une remonte de cavalerie, et une frégate encore sur le chantier, quand je quittai le pays, et que l’état du canal de la Goulette, obstrué par négligence, ne permettait pas de lancer à la mer. Tout cela était placé sous la direction d’un officier français, l’excellent commandant Médoni mort il y a peu de temps et vivement regretté de ses nombreux amis. C’est là qu’en sont réduits les arméniens maritimes d’un état si redoutable autrefois au commerce européen, et hâtons-nous de dire qu’il n’a nul besoin d’en avoir davantage. Quoique Tunis ait été, dans le XVIIe siècle, l’état barbaresque d’où partaient le plus de corsaires, et que nous ayons eu quelquefois à cette époque maille à partir avec eux, il est à remarquer que les hostilités ne furent jamais très sérieuses entre la France et les Tunisiens. Il est vrai que ceux-ci, dans deux circonstances où nous avions le plus à nous plaindre d’eux, en 1685 et 1729, et où nous étions le plus décidés à les traiter en toute rigueur, furent éclairés par l’exemple fait sur Tripoli, et se soumirent à nos justes demandes de réparation, sans attendre l’emploi de la force. En 1740, la guerre éclata pour une misérable affaire de femme et une susceptibilité de notre consul. Cette guerre, de peu de durée et peu vivement poussée, entraîna cependant la ; perte de l’établissement qu’avait au cap Négro la compagnie d’Afrique, comme annexe de La Galle ; elle causa aussi la perte de la petite colonie génoise de Tabarka. Cette île était la propriété de la famille Lomellini, qui était