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centrale, où le prix courant descendait à 80 centimes ; la troisième, comprenant une grande partie du midi, où il n’était plus que de 60. De là une différence sensible dans la production. Dans la zone des prix véritablement rémunérateurs, le bétail était abondant et magnifique ; la seconde en avait déjà moins, la troisième beaucoup moins encore. Sur la production totale de viande, la première en fournissait la moitié, la seconde un tiers, la dernière un sixième seulement. Si la production ne cessait pas tout à fait au-dessous du prix indiqué, elle se renfermait dans des limites d’autant plus étroites que le prix de vente était plus bas, et elle prenait d’autant plus d’extension qu’il s’élevait davantage. Elle n’atteignait son apogée qu’autant que le prix rémunérateur semblait assuré.

La même démonstration peut s’obtenir par d’autres voies. Jusqu’à une certaine limite de quantité, on peut faire de la viande, comme du blé, à très bon marché ; au-delà de cette limite, ils coûtent plus cher, mais on peut en faire indéfiniment. Voilà une terre à peu près nue, d’une étendue de 25 hectares, je suppose, dont 5 en prés et pacages et 20 en terres arables ; elle forme une métairie cultivée par une famille de colons partiaires. Les prés, mal tenus, donnent en tout de quoi nourrir à l’étable, pendant l’hiver, deux paires de vaches de travail qui, pendant l’été, se nourrissent elles-mêmes au pacage. Il y a de plus un troupeau de brebis de la plus chétive espèce pour manger l’herbe des jachères. Les terres soumises à l’assolement biennal portent du blé un an sur deux, et se reposent l’année suivante. Le métayer obtient six hectolitres par hectare, semence déduite, ou 60 hectolitres en tout, qu’il partage avec le maître ; il fait en outre un peu de chanvre pour ses chemises, et prend pour ses vêtemens la moitié de la laine. Il vend pour la boucherie ses vieilles vaches, ses veaux, ses vieilles brebis : cette viande ne lui coûte rien, et il peut la donner à tout prix ; mais demandez-lui d’en faire une livre de plus, il ne le peut pas.

Voyons au contraire ce que sera cette même terre, soumise à une culture perfectionnée. Au lieu d’un métayer, c’est un fermier aisé qui cultive, non plus pour se nourrir, mais pour vendre ses produits. Les mêmes prés, bien entretenus et bien fumés, lui donnent trois ou quatre fois plus de foin. Ses terres arables, soumises à l’assolement quadriennal, ne connaissent plus de jachères. Un quart seulement porte du blé ; mais il récolte sur ; ce quart le double au moins de ce que son devancier récoltait sur la moitié ; un autre quart porte de l’avoine, un troisième des racines et autres plantes sarclées, un quatrième des fourrages artificiels. Au lieu, de deux paires de vaches de travail, il a deux paires de bons chevaux qui lui font cinq ou six fois plus de besogne ; il a de plus une douzaine de bêtes à cornes de dif-