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qu’on les attaque, ils auraient vraiment trop à faire, et leur personnel, si nombreux et si habile qu’il soit, n’y suffirait pas. Il est douteux d’ailleurs que les querelles entre catholiques et protestans servent beaucoup en Chine la cause du christianisme. J’aime mieux le père de Rhodes louant avec effusion les façons courtoises d’un capitaine anglais qui l’avait reçu à son bord, et dans ce temps-là les catholiques ne frayaient guère avec les huguenots. — Les représailles contre les pasteurs protestans, outre qu’elles sont parfaitement inutiles, pourraient indisposer contre les missionnaires catholiques en Chine le gouvernement anglais, ses fonctionnaires, ses officiers de marine, qui ont, en diverses circonstances, prêté l’appui de leur influence à nos missions. Ainsi un autre jésuite, le père Clavelin, attestait, en 1843, les bons offices dont l’église naissante de Shanghai était redevable au consul anglais, M. Balfour ; il citait avec plaisir les marques d’égards que les autorités britanniques prodiguaient à Mgr de Besi, au point qu’un jour les officiers d’un navire de guerre offrirent à l’évêque un dîner servi tout en maigre, bien que ce fût un mardi. Le bon vouloir des Anglais s’est manifesté par des preuves plus solides. Il vaut mieux, je crois, et il est plus habile d’entretenir ces relations amicales que de les compromettre par une polémique inopportune avec quelques méthodistes.

Le dîner maigre par lequel les Anglais pensaient honorer leur hôte me fournit une transition toute naturelle pour arriver aux mangeurs d’herbe, secte chinoise qui se rencontre dans la presqu’île d’Haï-men et dont le père Broullion décrit les singulières pratiques. Bien que les Chinois soient en général très indifférons en matière de religion, il y a parmi eux de nombreuses sectes dont le fanatisme crée de puissans obstacles aux prédications des missionnaires. Les mangeurs d’herbe croient que les animaux sont doués d’une âme ; ils s’abstiennent donc de viande, de poisson, de laitage, et ne se nourrissent que de végétaux, ainsi que l’indique leur nom. Ils sont divisés en compagnies dont les directeurs se réunissent chaque année pour délibérer sur les affaires qui intéressent la communauté. Chaque année aussi les directeurs visitent leur compagnie : « ils soumettent à la correction du bâton tous ceux dont la conduite n’est pas exemplaire, et, faute d’amendement, après trois corrections, ils les bannissent de la société ; ensuite ils donnent trois avis aux associés : 1° d’avoir le cœur droit, d’en chasser toute mauvaise volonté, tout désir coupable ; 2° de régler leur conduite par la raison et par la justice ; 3° de composer leur extérieur, évitant de tourner la tête sans motif. » Après cet exposé, le père Brouillon reproduit quelques prières qui sont récitées par les adeptes et qui sont extraites des cinq mille quarante-huit volumes dont se compose la bibliothèque religieuse de la secte. — Il existe en Angleterre une société de lé-