Page:Revue des Deux Mondes - 1855 - tome 9.djvu/397

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


J’apporte mon trésor : un beau nid de pinson,
Qui pourrait défier tisserand et maçon ;

Le dehors semble un mur tout revêtu de mousse,
Au dedans tout est plume et laine fine et douce.

Que ces œufs sont légers ! J’en veux faire un collier,
Avec vos cheveux d’or, Anna, pour le lier.

Si je puis le passer sous votre coiffe blanche,
Pour une jeune sainte on vous prendra dimanche. »

Et les graves parents, à ces jeux enfantins,
De sourire, songeant à leurs riants matins…
Mais voici l’Angelus ! Et les fils et les pères
Se signent et trois fois récitent leurs prières :
Puis les lourds chariots où s’entasse le foin
Au fond des chemins creux se perdent ; tout au loin
S’exhalent par instants les soupirs de la grève,
Et le croissant léger sur la forêt s’élève.

Oui, c’est dans les hameaux, c’est à l’ombre des bois,
Au pays enchanté des parfums et des voix,
Que dans chaque saison, de froidure ou de flamme,
L’homme sent bien la vie et voit grandir son âme :
Et s’il est né chanteur, dans le chœur des oiseaux,
Poète, il redira les rustiques travaux,
Les usages venus des races primitives,
Et la jeunesse heureuse et ses amours naïves.
Il est beau, quand tout meurt, flétri par l’intérêt,
Seul, comme un prêtre antique errant sous la forêt,
De recueillir en paix son exhalaison pure
Pour raviver le monde à ton souffle, ô Nature !


CHANT DEUXIÈME

LA CITÉ.


La seconde source de la Poésie est en nous-mêmes. – Paris. – Dans la cité surtout se développe le sentiment ou la passion. – Divers genres qui l’expriment. – Une élégie. – Évocation d’un drame. – De la comédie et de la satire d’après Molière.

 
Ajoutons une corde au divin instrument !
Celle qui fait vibrer en nous le sentiment.