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religions qui règnent sur la terre. L’astrologie judiciaire ne sera nécessaire que pour les prédictions générales, car les événemens particuliers ne sauraient être connus par les astres. Alors viendra le tour de l’arithmétique et de la géométrie, surtout de la première, si utile pour bien tenir ses comptes, tandis que la seconde est de peu d’usage pour un gentilhomme, si ce n’est en matière de fortifications. La médecine doit être approfondie, tant par rapport au diagnostic qu’au prognostic. La thérapeutique elle-même ne sera pas négligée ; connaître les drogues et leur préparation n’est pas à dédaigner. Lord Herbert se félicite d’avoir possédé en ce genre des connaissances assez étendues, et il raconte avec complaisance les heureuses cures qu’il a faites. Il donne un catalogue assez curieux des ouvrages de médecine et de pharmacopée qu’il a dans sa bibliothèque ; mais quelque pédantesque que paraisse aujourd’hui cette médecine des vieux livres, sachons-lui gré d’avoir recommandé l’étude de l’anatomie. Quiconque s’y adonnera, dit-il, ne sera jamais un athée.

Ceci le conduit à la science des vertus morales et des vérités théologiques. Sur les premières, chrétiens et païens sont d’accord, et, après en avoir demandé la définition aux philosophes ou à l’église, on les gravera dans son esprit et dans sa conscience, et l’on obtiendra cet le paix intérieure qui permet à un honnête homme de traverser toutes les religions et toutes les législations du monde. Une juste espérance est permise, elle est prescrite à celui qui par la vertu et la bonté s’est élevé à quelque ressemblance avec Dieu. Ce Dieu, son créateur, son rédempteur et son sauveur, connaît sa faiblesse et juge ses fautes en père. Le repentir est une expiation toute-puissante.

Mais dans l’emploi même des vertus il faut du discernement. La prudence est de mise en l’absence du danger, elle sert à le prévenir. Devant un ennemi qui tire l’épée, c’est le tour du courage. Le courage est hors de propos pour repousser l’injure d’une femme ou d’un enfant, ou même d’un supérieur revêtu d’une autorité légitime. « Certainement, avec de tels offenseurs, il convient de pardonner, et en ce genre je suis persuadé qu’aucun homme de mon temps n’a été plus loin que moi, car encore que dans les occasions où l’honneur était engagé, personne n’ait été plus prompt à risquer sa vie, jamais, quand ce même honneur permettait de faire grâce, je n’ai recouru à la vengeance, m’en remettant à Dieu qui en punira plus sévèrement l’offenseur… Tout homme qui ne pardonne pas coupe le pont par où il lui faudra passer lui-même, tout homme ayant besoin de pardon. »

L’art oratoire n’est pas indifférent au perfectionnement moral. Il enseigne à choisir et à employer les bonnes raisons, à repousser l’erreur, à persuader la vérité ; mais il faut, en le pratiquant, éviter l’affectation