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II

L’organisation administrative de la Provence présentait, à l’époque dont nous parlons, une singularité dont les histoires locales elles-mêmes ne fournissent pas l’explication. À partir de 1639, et sans qu’on sache pour quels motifs, les états de Provence avaient été remplacés par une assemblée des communautés ou communes, qui remplissait d’ailleurs à peu près le même rôle. « L’on n’a tenu aucuns estats en Provence depuis l’année 1639, dit un intendant de la province en 1698. Sa majesté permet seulement aux gens des trois estats d’envoyer tous les ans à Lambesc des députés qui composent l’assemblée dans laquelle, après avoir satisfait au don gratuit qu’ils doivent faire tous les ans, ils règlent leurs impositions et les autres affaires de la Provence[1]. » L’assemblée était convoquée tous les ans par l’intendant et par le gouverneur, et, si celui-ci était absent, par le lieutenant-général du roi, qui n’assistait toutefois qu’à la séance d’ouverture. L’archevêque d’Aix en était le président : deux évêques lui étaient adjoints et représentaient, avec deux députés de la noblesse, la ville de Forcalquier et les pays désignés sous le nom de terres adjacentes. La commune d’Aix députait ses deux consuls et son assesseur ; trente-six maires ou premiers consuls des communes les plus considérables de la Provence complétaient l’assemblée[2].

La commune de Lambesc, où elle se réunissait, est située sur la route d’Avignon à Aix, et séparée par quelques lieues seulement de cette dernière ville. Ouverte à tous les vents, elle n’offrait aux députés aucune distraction, aucun moyen de perdre leur temps et de prolonger la durée de leur mission. C’est d’ailleurs ce que le gouvernement voulait, et il avait, sous ce rapport, un système arrêté qu’il appliquait, autant qu’il le pouvait, à tous les pays d’états. En 1666, l’archevêque de Toulouse, président-né des états de Languedoc, écrivait à Colbert que si les états se tenaient à Pézénas, « qui était un petit coin où il n’y avoit que pour les loger, personne n’y pourrait venir qu’on ne sût aussitôt à quel dessein, et qu’on aurait plus de commodités à manier les esprits de ceux à qui on aurait affaire ; que Montpellier, au contraire, étoit une ville de débauche

  1. Corresponde administratives sous Louis XIV, par Depping, t. Ier, page 321 ; Mémoire de l’intendant Lebret.
  2. Je donne ici succinctement l’organisation qui était en vigueur vers la fin du XVIIIe siècle. D’après la Statistique des Bouches-du-Rhône de M. De Villeneuve, t. II, p. 564 et suiv., cette organisation aurait éprouvé, dans le courant du XVIIIe siècle, quelques modifications, d’ailleurs peu importantes.