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L’excès de la douleur, dans une âme affaissée,
Apporte au malheureux un repos tout pareil ;
C’est en abolissant ta force et ta pensée,
Que la rumeur de l’onde engendre ce sommeil.

LE PATRE


Voici ce que nous dit la voix, proche ou lointaine,
Qui coule avec les eaux, torrent, fleuve et fontaine ;
Voici ce que nous dit le bruit clair du ruisseau,
Du ruisseau qui gazouille aussi gai que l’oiseau.

CHANSON DU TORRENT


L’eau jaillit ! la roche déserte
Va répondre aux chansons des bois.
Je donne aux prés leur robe verte ;
Ils sont muets, je suis leur voix.

La vie autour de moi fourmille ;
Elle coule avec les ruisseaux.
J’abrite une immense famille ;
Un peuple entier vit sous mes eaux.

Sous chaque roche, un hôte habite.
Là, dans l’ombre et dans la fraîcheur,
Le saumon, l’anguille et la truite
Invitent la main du pêcheur.

De mes bords chérissant la zone,
Les arbres croissent par milliers ;
Le merle bleu siffle sur l’aulne,
Le vent berce les peupliers.

Toute chose que Dieu féconde,
Prête à chanter, prête à fleurir,
Aime le vif accent de l’onde,
Aime à voir le ruisseau courir.

Quand de la ruche printanière
L’essaim s’est échappé dans l’air,
Il vole, au bruit de la rivière,
Vers le frêne au feuillage clair.

Ma rive a d’heureuses retraites
Où s’échangent de longs sermens ;