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une résistance passive, même quand elles ne dépassent pas le cercle des intérêts matériels. Il importe de s’arrêter un moment sur les difficultés créées par cette résistance, et pour cela il faut se demander quelles étaient, à la veille des événemens de 1848, les relations réciproques du nord et du midi de l’Allemagne. Les regrettables dissidences qu’on y a vu éclater et qui subsistent encore ont malheureusement leur source ailleurs que dans une lutte puérile d’ambitions et de vanités : l’esprit national diffère essentiellement dans le nord et dans le midi des pays germaniques. L’Allemand du nord est d’un caractère réservé, lent à agir, mais persévérant ; l’Allemand du midi cache sous des dehors modestes un tempérament ardent et une grande mobilité dans les sentimens. Les efforts de certains diplomates allemands concourent avec les causes naturelles pour élever encore et fortifier les barrières qui séparent le midi et le nord. La différence des religions leur vient en aide. Le nord est protestant, le midi est catholique, et, si la liberté de penser semble avoir éloigné de nous les guerres de religion, il ne manque pas d’esprits exaltés qui voudraient les rallumer. Quoi qu’il en soit, les deux parties de l’Allemagne comptent des hommes d’état assez pénétrans, assez élevés au-dessus des passions locales, pour comprendre les dangers que créerait au midi comme au nord le développement des haines religieuses venant s’ajouter aux dissidences politiques. Pourtant, entre les deux grandes fractions du corps germanique, il y aurait un terrain de conciliation praticable, et la nécessité qui pousse les intérêts matériels vers l’union serait la meilleure arme qu’on pût employer contre les partisans du morcellement et les fauteurs incorrigibles des rivalités nationales.

La situation où les événemens de 14848 surprenaient la diète ne permettait pas aux intérêts matériels de prévaloir sur les questions politiques. L’esprit public était surtout frappé des causes de faiblesse et de division que recelait, pour l’Allemagne, la constitution fédérative, telle qu’on l’avait vue fonctionner depuis 1815. C’est à ces inconvéniens qu’on voulut porter remède, et c’est à des moyens tout politiques qu’on s’adressa. Au lieu de l’accord des intérêts, c’est l’union des états mêmes qu’on se proposa, et cette œuvre était peut-être au-dessus des forces de ceux qui ne craignirent pas de l’essayer.

On sait dans quelles circonstances le parlement de Francfort commença ses travaux. La convocation du parlement paraissant le seul moyen d’apaiser l’esprit révolutionnaire, la vieille diète crut devoir remettre ses pouvoirs au vicaire de l’empire nommé par l’assemblée nouvelle. Il est naturel que l’idée de transformer la confédération en un seul état fédératif se soit alors produite en Allemagne. La masse de la nation éprouvait un grand enthousiasme pour cette idée, sans se rendre bien clairement compte de la manière dont l’unité pourrait